Rwanda : qui a tué Juvénal Habyarimana ?

Photo d'archives du président rwandais Juvénal Habyarimana, le 23 avril 1991 à Paris. © AFP

Le rapport des experts français sur les conditions de la mort de l'ancien président rwandais Juvénal Habyarimana doit être dévoilé ce mardi. Un document très attendu.

Les conclusions de l’expertise judiciaire commandée par les juges antiterroristes Marc Trévidic et Nathalie Poux sur l’origine des tirs qui ont abattu à Kigali l’avion de Juvénal Habyarimana, le 6 avril 1994, doivent être connues ce mardi. L’enjeu est considérable : elles pourraient permettre de connaître l’identité des assassins de l’ancien président rwandais, dont la mort est considérée comme le déclencheur du génocide de 1994.

Quelle était la trajectoire du Falcon 50 d’Habyarimana ? Sa position précise au moment de l’impact ? Quel type de missile a été utilisé ? À partir de quel endroit ? Comment confronter les données obtenues avec les témoignages et les données topographiques pour déterminer la provenance du tir ? Ces questions trouveront peut-être une réponse aujourd’hui.

"Beaucoup d’espoir"

« Une expertise d’une telle ampleur est source de beaucoup d’espoir dans ce dossier où sept personnes sont mises en examen », estime Me Philippe Meilhac, l’avocat de la veuve de l’ancien président, Agathe Habyarimana. Me Emmanuel Bidanda, l’avocat d’une des victimes françaises de l’accident, est plus nuancé. Les conclusions de l’expertise seront « une pièce utile et extrêmement importante », mais « il serait étonnant d’en attendre une révolution à 180 degrés de l’enquête », dit-il.

Une chose est sûre : environ vingt mois après leur désignation et un déplacement au Rwanda en septembre 2010, les cinq experts (géomètre, balistique, explosifs, incendie et acoustique) mandatés par les juges ont fini leur travail. Et leurs rapports pourraient s’avérer essentiels pour étayer l’une ou l’autre des thèses qui s’affrontent, ou tout au moins pour invalider l’une d’entre elles.

La thèse rwandaise impute la responsabilité de l’attentat contre le Falcon 50 présidentiel aux extrémistes hutus des Forces armées rwandaises (FAR, loyalistes). Celles-ci auraient voulu éliminer le président Habyarimana pour faciliter un coup d’État et promouvoir une ligne dure à l’égard des Tutsis. Kigali a d’ailleurs présenté un rapport d’enquête affirmant que les tirs provenaient du camp militaire de Kanombe, une importante base des FAR, jouxtant l’aéroport et la résidence présidentielle au sud-est.

"Inimaginable"

Selon les autorités rwandaises, il est « impossible d’imaginer » qu’un commando du Front patriotique rwandais (FPR), la rébellion tutsie dirigée en 1994 par l’actuel président Paul Kagame, ait pu s’infiltrer à Kanombe pour abattre l’avion d’Habyarimana. C’est pourtant la piste de l’infiltration qu’avait suivie en 2006 Jean-Louis Bruguière, provoquant la rupture par Kigali des relations diplomatiques avec la France. Selon les investigations du juge français, les hommes de Kagamé seraient passés à travers le dispositif des FAR pour se positionner sur la colline de Massaka, qui surplombe l’aéroport à l’est de la piste. Et faire feu.

Visés en 2006 par des mandats d’arrêt qui ont été levés depuis, six proches du président Kagame ont été mis en examen par la justice française en décembre 2010. Ils ont été rejoints par Rose Kabuye depuis novembre 2008. Mais les avocats des mis en examen, Mes Bernard Maingain et Léon-Lef Forster, se disent « confiants dans l’évolution du dossier car il est établi, selon nous, que toutes les bases sur lesquelles il repose ont été remises en question, en particulier grâce à nos demandes d’actes ». Selon eux, la piste de l’infiltration du FPR chez les FAR est obsolète. Sur l’origine des tirs, « que ce soit Massaka ou Kanombe, la mise en cause du FPR est inimaginable vu l’état du dossier », assurent-ils.

(Avec AFP)