Sénégal : la candidature de Wade validée, pas celle de Youssou Ndour

Élu une première fois en 2000 pour sept ans, Wade a été réélu en 2007 pour cinq ans. © AFP

Très attendue, la décision des cinq "sages" du Conseil constitutionnel est tombée vendredi en fin de soirée au Sénégal. La candidature d'Abdoulaye Wade a été validée, mais pas celle de Youssou Ndour. Des violences ont éclaté à Dakar.

Il était 21 heures 15 vendredi soir, place de l’Obélisque, où s’étaient réunis, depuis le matin, des centaines d’opposants, lorsque la nouvelle est tombée, d’abord comme une rumeur, avant d’être confirmée par les leaders qui parlaient sur la scène : le Conseil Constitutionnel a jugé la candidature d’Abdoulaye Wade valide.

Immédiatement, des chaises et des bouteilles d’eau ont volé. Malgré les appels au calme lancés depuis la tribune, les jeunes qui s’étaient massés depuis des heures sur la place ensablée ont manifesté leur colère. Quelques minutes plus tard, les forces de l’ordre postées aux abords de la place sont intervenues : jets d’eau et de gaz lacrymogène. Des barricades ont été érigées un peu partout dans ce quartier situé en plein cœur de Dakar. La nuit s’annonçait chaude dans la capitale sénégalaise, dont tous les principaux points névralgiques étaient gardés par des policiers solidement équipés.

Le président sortant pourra donc se présenter à l’élection présidentielle du 26 février, au même titre que ses principaux challengers : Macky Sall, Idrissa Seck, Ousmane Tanor Dieng, Moustapha Niasse… Par contre, Youssou Ndour (en photo ci-contre © Reuters) et deux autres candidats de moindre poids ont vu leur candidature invalidée.

"Pas de scrutin avec Wade"

Les cinq « sages » du Conseil constitutionnel, qui se sont réunis à huis clos toute la journée, ont pris leur temps pour annoncer la nouvelle, afin d’éviter toute pression. Il n’empêche, l’opposition réunie au sein du M23 (Mouvement du 23 juin) a réaffirmé vendredi au cours d’une manifestation sur la place de l’Obélisque, à Dakar, qu’il n’y aurait pas de scrutin possible avec le président sortant. « Si Wade est candidat, il n’y aura pas d’élection. Nous allons nous mobiliser pour créer un rapport de force en notre faveur et faire en sorte qu’il se retire », a menacé Ousmane Tanor Dieng, le candidat du Parti socialiste, aux côtés des autres leaders de l’opposition, Macky Sall, Idrissa Seck, Cheikh Tidiane Gadio, Youssou Ndour, Amath Dansoko, Abdoulaye Bathily, Cheikh Bamba Dièye, etc…

« Nous sommes plus déterminés que Wade et ses alliés. Il est donc hors de question que nous reculions », a expliqué M. Gadio. « Nous réaffirmons de la façon la plus solennelle notre détermination à nous opposer par tous les moyens à la troisième candidature de Wade car il ne peut pas passer », a renchérit M. Sall. Des jeunes du mouvement « Y’en a marre » étaient aussi de la partie.

Mais lors de l’annonce de la décision des « sages », aucun n’a été en mesure de prendre la parole pour décider de la suite à donner dans cette situation. À la mi-journée, les manifestants de la place de l’Obélisque avaient effectué une prière, au cours de laquelle l’imam Abdou Samath Mbacké a appelé à « une résistance pacifique » contre une candidature de Wade jugée « inconstitutionnelle ».

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Par Rémi Carayol, à Dakar 

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