Hervé Renard : « L’objectif de la Zambie, c’est la finale de la CAN 2012 »

La Zambie d'Hervé Renard affronte le Ghana, mercredi 8 février. © AFP

Le mercredi 7 février à 17 heures la Zambie affrontera le Ghana en demi-finale de la CAN 2012. Si elle laisse aux Black Stars le statut de favoris sur la pelouse du stade de Bata, Hervé Renard, le sélectionneur français des Chipolopolo, sait son équipe capable d’aller encore un peu plus loin. Interview.

Jeune Afrique : La Zambie en demi-finale, est-ce une incongruité pour une sélection sans star ?

Hervé Renard : Oui et non. Oui, car la quasi-totalité de mes joueurs évoluent en Zambie, en Afrique du Sud ou dans des championnats de seconde zone, comme la Chine ou la RDC. Nous n’avons que deux joueurs en Europe (Mayuka en Suisse et Lungu en Russie), et j’ai donc une sélection qui n’a pas l’habitude des exigences du très haut niveau. Non, parce que la Zambie participe régulièrement à la CAN (quinze participations, NDLR), ce qui fait d’elle une équipe respectée et même crainte en Afrique.

Que lui manque-t-il pour viser plus haut, elle qui a atteint deux fois la finale (1974 et 1994) ?

L’expérience. Je ne comprends toujours pas pourquoi les clubs européens sont aussi réticents à l’idée d’engager des joueurs zambiens, qui sont bons footballeurs et faciles à gérer. Je pense aussi que les Zambiens ne croyaient pas assez en eux. Il y a deux ans, nous avions atteint les quarts de finale face au Nigeria (0-0, 4-5 aux tirs au but), et mes joueurs n’avaient pas su tuer le match quand cela était possible. Deux ans plus tard, j’ai l’impression qu’ils ont gagné en maturité. Ils sont beaucoup plus déterminés.

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Vous êtes réputé pour avoir une grande confiance en vous. Vous servez-vous de ce trait de caractère dans votre méthode de management ?

Je sais aussi reconnaître mes erreurs, comme celle de quitter la Zambie en avril 2010 pour aller entraîner l’Angola. Je n’aurais pas dû partir.

Bien sûr. Je n’hésite pas à stimuler, piquer, voire vexer mes joueurs. Samedi, à la mi-temps du quart de finale face au Soudan (3-0), j’ai reproché à Sinkala des erreurs d’une façon trop directe. Et j’ai vu qu’il avait eu du mal à redémarrer la seconde mi-temps. Je lui ai parlé afin de le rassurer, car je sais aussi reconnaître mes erreurs. Comme celle de quitter la Zambie en avril 2010 pour aller entraîner l’Angola. Je n’aurais pas dû partir.

Pour vous, est-il obligatoire de résider dans le pays dont vous êtes le sélectionneur ?

Oui ! C’est Claude Le Roy, dont j’ai été l’assistant au Ghana, qui m’a inculqué cela. J’habite en Zambie, et toutes les semaines, je vais assister à des matches, à Lusaka ou en province. C’est indispensable pour connaître les joueurs, suivre mes internationaux ou découvrir des mecs qui susceptibles d’intégrer la sélection. Je ne m’imagine pas vivre en France et venir quelques jours de temps en temps, pour un stage ou un match. La Zambie n’a pas de gros moyens, il y a encore beaucoup à faire au niveau de la détection, et il faut être présent tous les jours !

Votre équipe peut-elle être championne d’Afrique ?

Notre objectif, c’est d’aller à Libreville dimanche pour la finale de la CANA 2012. La Côte d’Ivoire et le Ghana sont les deux grands favoris de la compétition, mais la Zambie a ses chances.

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Propos recueillis par Alexis Billebault