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Côte d’Ivoire : l’autorité de régulation suspend un marché public attribué par la ministre Ouloto

Anne Ouloto est surnommée "Maman Bulddozer" pour ses opérations de déguerpissement. © D.R.

Fait rarissime, l'autorité de régulation des marchés publics (ANRMP) en Côte d'Ivoire a suspendu un marché attribué par un membre du gouvernement, en l'occurence Anne Ouloto, ministre de la Salubrité urbaine. La décision n'a pour l'heure pas été motivée.

L’Autorité nationale de régulation des marchés publics (ANRMP) en Côte d’Ivoire a suspendu le 6 février le marché octroyé par Anne Désirée Ouloto, ministre de la Salubrité urbaine, à l’entreprise Satarem Greensol. Une première depuis l’avènement d’Alassane Ouattara, qui a imposé à ses ministres un code de bonne conduite.

La décision a été prise par la Cellule recours et sanctions de l’ANRMP. Dans un communiqué publié sur son site Internet, lundi soir, celle-ci a annoncé qu’elle avait suspendu provisoirement le même jour, « les opérations de passation, d’approbation, d’exécution ou de contrôle de l’appel d’offres restreint relatif à la concession pour l’élaboration et la mise en œuvre d’un schéma de gestion intégrée des déchets solides ménagers et assimilés du district d’Abidjan ».

Camouflet pour Ouloto

En clair, même si l’ANRMP ne donne pas les raisons qui ont motivé sa décision, il s’agit d’un camouflet pour Anne Désirée Ouloto. Surnommée Maman Bulldozer après avoir lancé de spectaculaires opérations de « déguerpissement » dans le pays deux mois après sa nomination, la ministre de la Salubrité urbaine semblait pourtant sûre de son fait. Réagissant à une série d’articles publiés dans la presse ivoirienne sur ce marché dont le montant n’a pas été rendu public, elle avait déclaré que le processus qui avait abouti au choix de l’entreprise avait été des plus transparents.

« Satarem Greensol, avait-elle souligné, a participé à toutes les étapes procédurales exigées par le code des marchés publics. Dans le choix de cet opérateur, il a été privilégié un élément fondamental : la compétence ». Ouloto a voulu jouer la transparence dans ce dossier, comme le demande Alassane Ouattara qui a fait adopter un code de bonne conduite au gouvernement et a soumis ses ministres à un code d’éthique.

Cette affaire tombe au moment où Ouloto, l’une des plus célèbres ministres du gouvernement de Guillaume Soro, compte relancer l’opération « Pays propre », qui a notamment vu la destruction partielle de la mythique Rue Princesse de Yopougon à Abidjan avant d’être suspendue.

Pour l’heure, au ministère de la Salubrité urbaine, on refuse de commenter la décision de l’ANRMP. Il ne fait cependant pas l’ombre d’un doute que la « compétence » de l’entreprise adjudicatrice du marché dans ce secteur très juteux des déchets ménagers a été appréciée par l’ANRMP d’une autre façon que la ministre.

Zones d’ombre

Société anonyme au capital de 10 millions FCFA (environ 15 000 euros), Satarem Greensol a pour président du conseil d’administration Salif Bictogo, frère d’Adama Bictogo, ministre de l’Intégration africaine. Ce dernier est cité dans une autre affaire, celle des passeports biométriques, un marché attribué sous Laurent Gbagbo.

Beaucoup de zones d’ombres subsistent. D’abord, Ouloto a présenté publiquement Satarem Greensol comme une entreprise française, avant que la presse de l’opposition ne prouve le contraire. Ensuite, elle a déclaré que celle-ci avait été choisie parce qu’elle a « présenté les meilleurs arguments techniques, économiques et financiers et un savoir-faire dans la gestion intégrée des ordures dans le monde », avant que l’on ne découvre qu’elle venait juste d’être créée à Abidjan, le 10 novembre 2011. Trois semaines après que le ministère eut déclaré infructueux le premier appel d’offres lancé le 20 octobre… Délit d’initié ? La décision définitive de l’ANRMP donnera sans doute des éléments de réponse.

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Par André Silver Konan, à Abidjan

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