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Sénégal – Présidentielle : à Touba, la délicate question des cartes d’électeurs

Trouver la bonne commission pour se faire délivrer sa carte d'électeur est parfois compliqué. © Aurélie Fontaine, pour J.A.

Au Sénégal, la mission d'observation électorale de l'Union Européenne (UE) a appelé par deux fois les autorités électorales à plus de transparence dans le processus de retrait et de distribution des cartes d'électeurs, alors que le scrutin du premier tour de l'élection présidentielle se tient dimanche. Reportage à Touba, dans la région de Diourbel, la plus importante des circonscriptions du pays.

À trois jours du scrutin présidentiel, les habitants de Touba se pressent autour des commissions chargées de délivrer les cartes d’électeurs. Sur les quelques tables en bois disposées en plein air, des milliers de cartes électorales, réparties par ordre alphabétique et par genre. « Les commissions sont mobiles et j’ai dû aller aux quatre bureaux du coin avant de pouvoir trouver ma carte », explique Mbaye Cissé, un retraité.

Touba compte 213 000 personnes enregistrées sur les listes électorales, pour une population d’environ deux millions d’habitants. Mardi, il restait 90 000 cartes à distribuer, et 80 000 le lendemain, selon les autorités locales. « C’est un paquet non-négligeable de cartes à distribuer », avoue Mamadou Ibrahima Lo, le gouverneur de Diourbel, qui parle également d’un autre problème à surmonter : « l’enjeu est que tous les bureaux de vote puissent être ouverts à 8 heures, car il y a souvent des retards liés à l’arrivée tardive des membres affectés aux bureaux de vote ».

Faible participation électorale

Des inquiétudes partagées par l’Union Européenne. Dans la région de Diourbel, par exemple, les nouvelles cartes électorales n’ont été disponibles qu’à partir de début janvier 2012, puis ont été distribuées lentement. « La mobilisation à Touba est tardive, ce qui est dommage car à la fin on ne sait pas combien de cartes seront distribuées », indique Thijs Berman, le chef de la mission européenne. Un scénario qui se répète un peu partout au Sénégal. Conséquence : il restait jeudi encore 469 122 cartes à distribuer dans le pays selon Cheikh Guèye, le ministre chargé des Élections. Ce qui représenterait près de 9% des quelque 5,3 millions d’électeurs…

Touba est la ville sainte du mouridisme, la confrérie musulmane qui passe pour la plus influente au Sénégal. Le taux de participation aux élections y reste faible : moins de 50% lors des présidentielles de 2007, et à peine 25% aux législatives de 2009. « À Touba, le plus important est l’engagement confrérique, au delà de l’engagement civique. Résultat, si les chefs religieux ne donnent pas l’ordre d’aller voter, il y aura moins de votants le jour du scrutin », analyse Ibrahima Thioub, un historien fin connaisseur du mouridisme.

Achat des cartes d’électeurs

Selon lui, il n’existe plus aujourd’hui de « ndiguël » (consigne de vote) en faveur de l’un ou l’autre des candidats car la pluralité des partis politiques correspondent aux multiples sensibilités politiques des fidèles. Près de la grande mosquée de Touba, le khalife général des mourides, Serigne Cheikh Maty Lèye, a quant à lui répondu d’un léger oui à la question de savoir s’il allait encourager les citoyens à se rendre aux urnes. Non sans souligner que « les chefs religieux prient pour que les élections se passent dans la paix ».

Mais des rumeurs persistantes de rachat de cartes d’électeurs circulent à Touba, comme ailleurs dans le pays. Abdoul Ahad Seck, un jeune responsable du parti de Macky Sall, candidat à la présidentielle, montre un sachet noir où sont entassées une centaine de cartes d’électeurs. « Je les ai récupérées mardi, après avoir surpris des membres des FAL 2012 (la coalition soutenant le candidat Abdoulaye Wade NDLR) en train de les acheter dans une maison d’un quartier de Touba. Ils les rachetaient entre 2 000 et 3 000 francs CFA, pour ainsi éviter que les gens n’aillent voter », affirme-t-il. Les deux observateurs permanents de l’Union Européenne à Touba ainsi que la sous-préfecture seront chargés de mener l’enquête.

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Par Aurélie Fontaine, envoyée spéciale à Touba

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