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France : la présidentielle vue depuis la Côte d’Ivoire (#2)

Écrit par Trésor Kibangula

Sarkozy ou Hollande, la France "cherchera toujours à conserver son influence sur le pays". © Jeune Afrique

Jusqu'au premier tour de l'élection présidentielle française, le 22 avril, Jeune Afrique prend le pouls de la campagne depuis le continent. Direction la Côte d'Ivoire, un pays divisé entre les pro et les anti-Sarkozy.

Laurent Dona Fologo en est convaincu. « Le changement – ou non –  de président de la république en France n’aura aucune incidence sur la politique française en Côte d’Ivoire ». Le politicien et ancien président du Conseil économique et social ivoirien argumente en se référant à la crise postélectorale ivoirienne. Tout comme Nicolas Sarkozy, le camp socialiste français n’a pas soutenu Laurent Gbagbo,« socialiste pourtant », lorsque celui-ci « était en difficulté ».

Pour ou contre Sarkozy

Mais, c’est l’épisode de l’intervention de l’armée française lors de la crise postélectorale qui conditionne aujourd’hui le regard des Ivoiriens sur la présidentielle en France. « Le pays est divisé entre deux camps diamétralement opposés : ceux qui espèrent la victoire de Nicolas Sarkozy et ceux qui ne jurent que par sa défaite », constate Charles D’Almeida, chef de service international du quotidien ivoirien Soir Info.

Les partisans du président Alassane Ouattara, « ami personnel » de Nicolas Sarkozy, souhaitent la réélection du président français sortant pour « préserver la connivence qui lie les deux chefs d’État, relève Théophile Kouamouo, responsable du journal Nouveau courrier. Alors que les pro-Gbagbo – sans fine analyse – plébiscitent François Hollande ». Oubliant au passage que le candidat socialiste avait déclaré que l’ancien président ivoirien « n’était pas fréquentable ».

Même la presse ivoirienne s’en mêle. « Il suffit de voir comment les journaux proche de l’ancien régime jubilent lorsque le président français sortant est en difficulté, note Charles D’Almeida. Notre Voie par exemple, qui a fait sa Une vendredi dernier sur le chahut de Nicolas Sarkozy à Bayonne. Et les quotidiens proches du pouvoir s’enthousiasment lorsque le candidat de droite se porte bien dans les sondages. »

"Moins de ferveur qu’en 2007"

De son côté, le Réseau des professionnels de la presse en ligne en Côte d’Ivoire (Repprel-Ci) compte déjà envoyer sept journalistes en France, entre le 19 avril et le 10 mai, pour couvrir le scrutin présidentiel français. Signe que « les Ivoiriens s’intéressent toujours à la politique française, même si ce n’est plus avec la même ferveur qu’en 2007 », nuance Israël Yoroba, journaliste-blogueur ivoirien. « L’actualité ivorienne – avec l’attente des résultats des législatives partielles – et sous-régionale – avec la présidentielle au Sénégal et la situation sécuritaire au Mali – nous préoccupent aujourd’hui plus que ce qui se passe en France », s’explique-t-il.

Sur la Toile, rares sont également les internautes ivoiriens qui commentent la campagne française. Félicité D. soutient sur Opinion internationale que la présidentielle en Hexagone ne concerne pas, « dans le fond »,  les Ivoiriens. « Il ne faut rien en attendre, tranche-t-il. La France cherchera toujours à conserver son influence dans notre pays [la Côte d’Ivoire].»

N’empêche que le jour de la proclamation des résultats de ce scrutin, les rues ivoiriennes vont tout de même vibrer. « À Yopougon, fief des pro-Gbagbo à Abidjan, les jeunes ne manqueront pas de descendre pour festoyer, en cas de défaite de Nicolas Sarkozy », prévient Charles D’Almeida. Et en cas de réélection, « les pro-Ouattara feront la fête ». Mais en attendant, chaque camp retient son souffle.

 

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