Tunisie : les étudiants salafistes sèment le chaos à la Manouba

Des salafistes manifestent à l'université de la Manouba. © AFP

La violence est montée d'un cran à l'université de la Manouba. Mercredi 7 mars, l’établissement de Tunis a été le théâtre de violents affrontements entre des des salafistes et d'autres étudiants, dont certains de l’Union Générale des Étudiants tunisiens (UGET), qui, selon des témoignages, auraient été attaqués à l’arme blanche.

« Un garçon par terre le visage jaune et le corps tremblant attire mon attention ; je vais le voir et lui demande ce qu’il se passe. Il me dit : “Madame, ils nous attaquent avec des sabres et des couteaux.” » Ce témoignage d’Amina Azouz, enseignante à l’université de la Manouba, rapporté par Rue89, est sans ambiguïté.

Mercredi 7 mars, les affrontements qui opposent un petit groupe d’étudiants salafistes à d’autres étudiants de l’université de Tunis, ont encore gagné en intensité et en violence. Cinq personnes ont été blessées, dont trois ont dû être transportées d’urgence à l’hôpital Kessab de la capitale tunisienne. D’autres étudiants ont pour leur part trouvé refuge dans le bâtiment de l’Institut de presse et des sciences de l’information (IPSI) où ils sont restés bloqués jusqu’à ce que les forces de l’ordre se déploient tardivement pour les évacuer.

 

Manifestations le 7 mars à la Manouba

Ces affrontements interviennent à la suite d’un incident impliquant deux étudiantes, qui avaient été traduites en Conseil de discipline pour avoir porté le niqab, et le doyen de l’université. Si, selon ce dernier, son bureau a été saccagé par les deux jeunes filles, les salafistes, qui ont appelé aux représailles, parlent quant à eux d’ « agression par le doyen de la faculté ».

"Silence du gouvernement"

L’établissement de la Manouba est le théâtre de manifestations depuis la fin de l’année 2011, et en particulier depuis le 28 novembre et le début du sit-in organisé par les salafistes afin d’obtenir l’autorisation pour les étudiantes de porter le niqab pendant les examens.

Après les événements de mercredi, l’UGET a annoncé qu’elle organiserait une grande marche à destination du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique afin de protester contre « le silence » du gouvernement. Et bien que le président Moncef Marzouki ait qualifié de « condamnable » le substitution temporaire du drapeau tunisien par un autre portant l’inscription « Dieu est unique, Mohamed et son prophète », de plus en plus de voix s’élèvent pour dénoncer la passivité, voire la complicité de fait, du gouvernement.

« En tout et pour tout il y a peut être sept ou huit filles en niqab et quelques barbus dans la fac, mais on voit bien qu’ils ont du renfort extérieur », confie ainsi Amina Azouz.