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France : la présidentielle vue depuis la RDC (#5)

En RDC, la France a une image écornée par ses silences et les affaires de la Françafrique. © Jeune Afrique

Le président sortant et candidat à la présidentielle française, Nicolas Sarkozy, n'a pas vraiment la cote à Kinshasa même si l'on y rencontre encore quelques uns de ses fervents supporteurs. Son adversaire, le socialiste François Hollande, semble trouver quant à lui grâce auprès de nombreux Congolais, qui, entre autres griefs, n’ont toujours pas accepté "le silence de Paris" suite à la réélection contestée de Joseph Kabila en République démocratique du Congo (RDC).  

« J’aime la politique de Nicolas Sarkozy, lance Steve avec fougue. Il ne fait pas de racisme, c’est ce que j’apprécie beaucoup chez lui et il met tout le monde à l’aise. Si la France lui donne une deuxième chance pour agir, c’est sûr qu’il va assurer le bien-être du pays ! » Aussi admiratif qu’il soit, Steve avoue mal connaître la politique et le programme du chef de l’État français, candidat à sa succession pour la présidentielle d’avril. D’où vient alors son enthousiasme ? De ses amis congolais expatriés et satisfaits de leurs conditions de vie. Les mêmes qui « voteront Sarkozy parce qu’ils ne trouvent pas d’autre candidat valable », confie le trentenaire, assistant administratif dans une société privée de Kinshasa.

Politique d’immigration

« Tout le monde n’est pas content ! Certains ont passé 20 ans en France et n’ont toujours pas de papiers. Comment bien évoluer dans un pays dans ces conditions ? » déplore Domenica, 25 ans, étudiante en communication audiovisuelle. Et de dénoncer le durcissement de la politique d’immigration du candidat de l’Union pour un mouvement populaire (UMP). « Ici, nous avons toujours eu l’image d’une France hospitalière, souligne-t-elle, nostalgique. Maintenant il y a du racisme, et pour étudier ou passer des vacances en France quand on est africain, c’est compliqué ! Alors que nous souhaitons simplement étudier dans de meilleures conditions pour se développer et vivre en paix dans notre pays. »

Le favori de Domenica pour les deux tours de la présidentielle, fixés aux 22 avril et 6 mai ? Le socialiste François Hollande. Même préférence pour Christelle, 32 ans, qui a étudié en France avant de rentrer en RDC. Un choix stratégique pour cette propriétaire de « nganda » (restaurant de rue), qui refuse de voir le locataire de l’Elysée exercer un second quinquennat. « Hollande, c’est quelqu’un qui veut unir. Sarkozy, lui, a passé des lois en force, il a nommé des patrons de médias… Il s’est vraiment comporté comme un petit dictateur, pas comme un démocrate ! »

Trésor, 31 ans, militant des droits des jeunes, renchérit : « Hollande est un peu mou, n’a pas beaucoup de charisme, n’a pas des propositions fantastiques, mais il paraît plus humain. Sarkozy est dynamique, engagé, sûr de lui, mais sa vision des étrangers et des Français d’origine étrangère est trop restrictive : les Africains participent à l’émergence économique du pays mais ils ne sont pas considérés à leur juste valeur ! » Hubert, 60 ans, passionné de politique, ajoute que le discours de « Hollande apparaît comme plus assoupli, plus ouvert par rapport à l’Afrique. Il propose un programme gagnant-gagnant qui sera plus constructif, plus bénéfique pour les Africains. »

Françafrique

Après le résultat des élections congolaises contestées du 28 novembre, des jeunes avaient manifesté une vive hostilité envers Nicolas Sarkozy. Ils étaient partisans de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) de l’opposant Étienne Tshisekedi – qui s’est autoproclamé « président élu », rejetant la victoire du sortant Joseph Kabila. « La France qui s’investit beaucoup dans la politique africaine, n’a pas condamné ce hold-up électoral, explique Digital Kasongo, un cadre de la ligue des jeunes du parti. Et pourtant c’est bien dans une dictature électorale que nous vivons ! »

En colère contre le « silence » de Paris, ce « hollandiste » réclame aussi la fin de la Françafrique. Et il n’est pas le seul. Beaucoup estiment que le concurrent socialiste mettra réellement un terme aux rapports opaques entre la France et ses ex-colonies. Enfin, de manière un peu surprenante, d’autres misent sur Marine Le Pen, la candidate du Front national (extrême-droite). « Je n’ai pas eu beaucoup de temps pour la suivre. Mais je sais qu’elle veut trouver des solutions aux problèmes d’emploi en Afrique avant de stopper l’immigration. Elle souhaite agir de sorte à ce que la rupture avec la France ne soit pas violente », confie Joseph, 24 ans, animateur de télévision et de radio.

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Awa Diallo, à Kinshasa