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France : la présidentielle vue depuis le Mali (#6)

Au Mali, la France est souvent jugée responsable de tous les maux actuels du pays. © Montage J.A.

Plongés en pleine crise, les Maliens n'ont pas vraiment le loisir de penser à la présidentielle française. Mais ils sont nombreux à espérer la défaite de Nicolas Sarkozy, dont ils critiquent la politique dans la région.

Un coup d’État militaire, une junte au pouvoir, des institutions suspendues avant d’être rétablies sous la pression de la communauté internationale, des sommets de la Cedeao qui s’enchaînent pour trouver une issue à la crise dans un pays coupé en deux, les rebelles touaregs contrôlant désormais toutes les villes du Nord et progressant vers le Sud… Pas besoin de faire un dessein : la présidentielle française n’est pas vraiment au centre des préoccupations des Maliens. En revanche, vouer aux gémonies l’actuel locataire du palais de l’Élysée semble être devenu un sport national…

« J’espère que Nicolas Sarkozy sera battu… par Marine Le Pen, s’enflamme un haut-fonctionnaire. Comme ça, ça lui rabattra son caquet ! » C’est clair, il ne fait plus bon s’appeler Sarkozy à Bamako. Une animosité qui aurait parfois tendance à cibler la communauté française en général… Même si de nombreux Maliens restent nuancés, comme Cheick Hamallah et Abdallah, qui partagent le même grin. « Non, Sarkozy, ce n’est pas la France », dit le premier. Mais quand même… « Il met le feu dans le pays des autres et après le regarde brûler, finit par s’énerver le second. Elle est passée où la souveraineté nationale ? »

Victime collatérale de deux guerres

Car à Bamako, l’interventionnisme français de l’année 2011 est très mal passé. D’autant que le Mali a été l’une des premières victimes collatérales à la fois de l’intervention de l’ONU en Côte d’Ivoire et de celle de l’Alliance atlantique en Libye. Deux opérations âprement défendues par le président français…

De fait, le Mali a eu du mal à accueillir ses ressortissant en provenance de Côte d’Ivoire durant la crise post-électorale. Et la situation a été encore plus difficile avec ceux de Libye. Parmi ces milliers de « revenants », des militaires Touaregs au service de l’ex-« Guide » libyen Mouammar Kadhafi, rentrés au pays avec un véritable arsenal et constituant le gros des contingents du Mouvement national de libération de l’Azawad qui a mis le feu au pays.

Le poison Aqmi

« Sans compter que pour bon nombre de Maliens, la France a aussi sa part de responsabilité dans l’expansion d’Aqmi [Al-Qaïda au Maghreb islamique, NDLR], décrypte un journaliste. En payant des rançons, ils ont contribué à faire de l’enlèvement d’occidentaux un business très lucratif, avant de pointer du doigt le Mali et son inaptitude à lutter contre les salafistes. »

Pas sûr cependant que ces explications soient les seules au fort sentiment anti-Français qui se développe au Mali, au point que le Quai d’Orsay a conseillé à ses ressortissants de « quitter provisoirement » le pays. En 2006 déjà, les propos de l’ex-ministre français de l’Intérieur avaient provoqué l’ire de la société civile malienne. En visite au Mali, peu de temps après le vote de la loi sur « l’immigration choisie », il avait été accueilli par des manifestants très remontés contre la nouvelle législation.