Football : violences dans les stades, « l’Algérie n’est pas à l’abri d’une grosse catastrophe »

Mohamed Lamine, gardien de l'USM Alger, a été agréssé par un supporteur de Saida. © AFP

Alors que 75 personnes sont jugées depuis le 17 avril en Égypte pour les violences meurtrières dans le stade de Port-Saïd, l'Algérie est elle aussi touchée par le hooliganisme. Le 14 avril à Saïda, des joueurs et des dirigeants de l’USM Alger ont été agressés physiquement, certains à l'arme blanche. Une situation qui ne surprend pas Youcef Fates, politologue français d’origine algérienne, et maître de conférences à Paris-X. Interview.

Jeune Afrique : Les multiples cas de violences enregistrés ces dernières semaines en Algérie prouvent que rien n’a changé…

Youcef Fates : Non seulement rien n’a changé, mais cela s’est aggravé ! Rien n’a été fait ces dernières années sur le plan éducatif. Dans les écoles algériennes, l’instruction civique a été remplacée par l’instruction religieuse. Et le pouvoir politique est aujourd’hui davantage préoccupé par les prochaines élections législatives que par la violence dans les stades.

Est-ce de l’indifférence ou de l’incompétence ?

Il y a une certaine forme d’indifférence. Quand il veut contenir la violence, le pouvoir politique est capable de le faire. Mais on a aussi l’impression que la police ne peut plus faire ce qu’elle faisait avant, par crainte d’être contestée.

Le football algérien, qui paraît-il est devenu professionnel en 2010, semble complètement dépassé par l’ampleur du problème…

Ce que l’on observe dans les stades reflète le désarroi d’une partie de la jeunesse, issue d’une société dont les transitions se sont toujours faites dans la violence.

La professionnalisation est un échec total. Et les clubs ont leur part de responsabilité dans ce qui se passe. Leurs supporteurs ne sont pas encadrés, et les discours des dirigeants, entraîneurs ou joueurs sont parfois violents quand il s’agit de parler d’un match à gagner. Mais au-delà de ça, ce que l’on observe dans les stades reflète le désarroi d’une partie de la jeunesse, issue d’une société dont les transitions se sont toujours faites dans la violence.

Mais pourquoi s’attaquer physiquement  à des joueurs, dont certains ont été blessés à l’arme blanche ? Est-ce parce que l’USMA est un club riche, et en plus de la capitale ?

Non, je ne pense pas. Même si la violence est parfois gratuite, il y a toujours un sens. Seulement, cette jeunesse en perdition n’a pas toujours la sensibilité politique pour cibler ceux qu’elle estime être responsables de son malheur. Le but est donc de casser, pour faire parler d’elle.

Comment lutter contre ce phénomène ?

L’an dernier, en Tunisie, ils ont décidé de faire jouer tous les matches de fin de saison à huis-clos. Il faudrait peut-être envisager la même chose, mais aussi renforcer la présence policière et procéder à des interdictions de stade, comme cela se fait en Europe. Car si rien n’est fait, l’Algérie n’est pas à l’abri d’une grosse catastrophe.

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Propos recueillis par Alexis Billebault