Fermer

France : la présidentielle vue depuis le Gabon (#8)

Par Jeune Afrique

Au Gabon, la société civile hésite à franchir le pas de l'opposition politique. © Montage J.A.

Au Gabon, le chef de l’État n'a officiellement aucun candidat pour la présidentielle française. Mais une partie de la société civile, devenue un véritable contre-pouvoir depuis le passage à vide de l’opposition, elle, vote clairement Hollande...

Au Gabon, certains leaders d’opinion suivent la campagne électorale française avec beaucoup plus d’attention que d’autres. Les représentants de la société civile gabonaise fondent une grande partie de leurs espoirs sur l’alternance politique dans l’Hexagone. « On espère qu’avec François Hollande, les choses vont changer », explique Georges Mpaga, président d’un Réseau des organisations libres de la société civile pour la bonne gouvernance au Gabon. D’autres leaders, comme Marc Ona Essangui, président de Brainforest et coordinateur de la branche gabonaise du réseau international Publiez ce que vous payez, Dieudonné Minlama Mintogo, président de l’Observatoire national de la démocratie et Alain Moupopa, président de l’ONG Afrique horizons, l’accompagnent dans tous ses combats : lutte pour la démocratie, respect des droits de l’homme, dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance, appel à la transparence dans le domaine pétrolier
Pour eux, certains maux du Gabon sont à chercher dans « les liens incestueux entre la droite française et le pouvoir politique national ». Et de rappeler tous les épisodes des relations entre les deux pays, de l’installation du premier président, Léon Mba, jusqu’à l’éviction de l’ex-ministre français de la Coopération, Jean-Marie Bockel, au début du mandat de Nicolas Sarkozy, à la demande d’Omar Bongo et de Robert Bourgi, l’avocat proche de la famille.

Le rejet de la Françafrique

« François Hollande a très clairement exprimé son rejet de ce qui touche la Françafrique et il l’a inscrit dans son programme électoral. Les autres candidats appartenant à la gauche sont, à quelques nuances près sur cette orientation », soutient pour sa part Mengue M’Eyaà, présidente du Mouvement civique du Gabon et participante à la cellule africaine de réflexion du PS à Paris. « Il reste donc à certains démocrates gabonais de commencer à formuler des propositions aux Français, qui seront enfin prêts après les années tragiques du sarkozysme, à œuvrer pour le co-développement », poursuit-elle.
Mais le passage de Laurent Fabius à Libreville le 14 février a suscité un début de polémique. Au cours de ce voyage, l’ancien Premier ministre de François Mitterrand a rencontré Ali Bongo Ondimba et évoqué les « excellentes relations entre la France et le Gabon ». Ce qui a entrainé de vives réactions de la société civile qui souhaitait qu’il rencontre aussi l’opposition. Deux jours plus tard, Fabius est revenu sur son déplacement en précisant qu’il n’était pas « missionné » par le PS ou par Hollande mais qu’il était intervenu dans le cadre d’une conférence sur la mondialisation et les pays émergents.
Avec l’exil d’André Mba Obame, qui s’était autoproclamé président plus d’un an après le scrutin et vit actuellement en exil à Paris, et la mort en octobre de Pierre Mamboundou, le président de l’Union du peuple gabonais (UPG), l’opposition est très affaiblie. Elle a en partie boycotté les législatives en février et n’est pas représentée dans la nouvelle assemblée. Aujourd’hui, la société civile gabonaise, très politisée, joue le rôle de contre-pouvoir. « Mais nous ne pensons pas encore à nous engager politiquement », indique Dieudonné Minlama. 

Hésitations

Les débats sont souvent animés sur la conduite à tenir : opposition systématique, stratégie de la chaise vide dans les discussions avec le pouvoir, actions médiatiques d’éclat, contre-propositions… Si l’on n’est pas toujours d’accord, on se retrouve toutefois autour de causes communes comme le mouvement « Ça suffit comme ça ! » qui a publié un communiqué, le 23 novembre, demandant aux candidats à la présidentielle française le démantèlement de la Françafrique et la fin du « schéma de surexploitation économique et d’obstruction politique ».
Une série de contacts ont également été engagés avec les différents candidats de la gauche française. Marc Ona Essangui a rencontré Eva Joly, la candidate des Verts, en septembre à Paris. Il lui a demandé son soutien pour organiser la société civile africaine. L’abbé Bruno Ondo Mintsa, porte-parole à Paris de « Ça suffit comme ça ! », a échangé le 21 janvier autour d’un café avec Jean-Luc Mélenchon. Un courrier a même été adressé, il y a quelques jours, au candidat du Front de gauche pour le sensibiliser aux combats pour la liberté et la transparence en Afrique.
Du côté d’Ali Bongo Ondimba, on se garde évidemment d’afficher officiellement sa préférence. Mais si des passerelles existent bel et bien avec le Parti socialiste français, les relations personnelles entre le chef de l’État gabonais et Nicolas Sarkozy – les deux hommes se connaissent de longue date et se tutoient – laissent penser que le président sortant demeure le favori d’Ali…