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Carlos Cardoso : « Aucun prétexte ne peut justifier le putsch des militaires bissau-guinéens »

Carlos Cardoso administrateur du programme de recherche au CODESRIA. © DR

Carlos Cardoso est docteur en philosophie et administrateur du programme de recherches au Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique (CODESRIA), à Dakar. Pour Jeune Afrique, il revient sur la situation de son pays, la Guinée Bissau, sous contrôle militaire depuis le coup d’État du 12 avril dernier.

Jeune Afrique : Comment expliquez-vous ce coup d’État militaire qui intervient en pleine élection présidentielle en Guinée-Bissau ?

Les motivations immédiates de ce coup d’État sont liées à la présence en Guinée-Bissau d’une mission de stabilisation composée par des troupes angolaises, la fameuse Missang (Mission technico-militaire de l’Angola), dont le déploiement avait pour but de stabiliser et pacifier le pays, mais aussi de réformer les secteurs de la défense et de la sécurité. Lorsque les putschistes ont appris que cette présence découlait de la signature d’un accord secret entre le Premier ministre, Carlos Gomes Junior, et le gouvernement de l’Angola – sans aucune consultation auprès du gouvernement et de l’Assemblée nationale, comme prévu par la loi – les rapports entre l’exécutif et l’élite militaire se sont alors considérablement dégradés.

Mais il y a des raisons beaucoup plus profondes qui peuvent aussi expliquer ce coup d’État, comme la mauvaise gestion de toute la transition entre la lutte de libération nationale et la construction d’un État moderne. Un État moderne qui a subi une usure sans précédent sous le magistère de Kumba Yala. Et puis il y a l’armée bissau-guinéenne qui est très ethnicisée et proche de l’idéologie du Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC, au pouvoir jusqu’au putsch).

Y-a-t-il un lien entre cette crise et le rejet des résultats des élections par certains opposants ?

Le PAIGC a accusé les candidats de l’opposition, qui ont contesté le déroulement et les résultats du premier tour de l’élection présidentielle, d’être derrière ce coup d’État. Mais à mon avis, c’est une coïncidence « malheureuse ».

Antonio Indjai est-il l’homme qui tire les ficelles, même s’il a été arrêté par son adjoint ?

C’est quand même étonnant qu’on ne parle plus de lui depuis le coup d’État, d’autant plus étonnant que le courant ne passait pas avec le Premier ministre Gomes. Même si les deux hommes ont fait comme si tout allait bien entre eux, nous savions que l’écartement de la scène politique, de l’un par l’autre, n’était qu’une question de temps. Antonio Indjai a-t-il eu un rôle dans cette affaire ? C’est à mon avis encore un peu prématuré pour l’accuser de quoi que ce soit.

Quelles solutions entrevoyez-vous à la crise ?

Une sortie de crise passe par un retour à l’ordre constitutionnel. Et cela signifie avant tout la libération du président par intérim, Raimundo Pereira, et celle du Premier ministre, Carlos Gomes Junior. Par ailleurs, il faudrait aussi que nous puissions poursuivre le second tour de l’élection présidentielle. Les militaires doivent retourner dans les casernes. Aucun prétexte ne peut justifier le putsch qu’ils ont perpétré.

La fermeté de la Cedeao, comme dans la crise au Mali, est-elle une bonne chose ?

Oui, elle est indispensable. Ce coup d’État doit être une opportunité pour faire en sorte que la Guinée-Bissau renoue de manière durable avec la paix civile et sociale.

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Propos recueillis par Nicolas LY

 

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