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Les égéries voilées des législatives algériennes

Par Jeune Afrique

En Algérie, l'Assemblée sortante ne compte que 11% de femmes. © Zohra Bensemra/Reuters

Près d'un tiers des candidats aux législatives du 10 mai en Algérie sont des femmes. Signe d'une nette poussée du féminisme, certes, mais aussi de l'islamisme : la plupart des postulantes sont voilées, parfois intégralement.

La participation des femmes dans la vie publique et leur représentation dans les assemblées élues en Algérie est l’un des aspects les plus innovants des réformes politiques initiées par le président Abdelaziz Bouteflika. Conséquence de ces nouvelles dispositions réglementaires : sur près de 25 000 candidats briguant les 462 sièges de la prochaine législature lors des élections du 10 mai, 7 646 sont des candidates.

Voilées pour la plupart, l’écrasante majorité des postulantes possède un diplôme universitaire. De profession libérale ou de la fonction publique, juristes ou journalistes, les candidates sont généralement cadres, habituées à prendre des décisions et à diriger. Outre la célébrissime Louisa Hanoune, secrétaire générale du Parti des Travailleurs (PT, trotskiste), première femme du monde arabe à avoir brigué, en 2002, la magistrature suprême, de nombreuses représentantes de la gent féminine sont têtes de liste et, par voie de conséquence, en position d’éligibles.

Une liste 100% féminine

Sans surprise, aucune liste de partis islamistes n’est cependant pilotée par une femme. En revanche, le Parti de la liberté et de la justice (PLJ de Mohamed Saïd), apparenté réformiste musulman, est la seule formation politique à avoir concocté une liste 100% féminine. La performance est d’autant plus significative que cette liste n’est pas en lice dans la capitale ou un grand centre urbain mais à Tissemsilt, gros bourg des Hauts Plateaux, ancienne place forte des salafistes et ex-fief des GIA au milieu des années 1990.

Deuxième sur la liste du Front de libération national (FLN, au pouvoir) à Alger, une position qui lui garantit, à coup sûr, de siéger dans la prochaine Assemblée populaire nationale (APN), Asma Benkada est l’ex-épouse du cheikh Youssef al-Qaradaoui, gourou cathodique des Frères musulmans et conseiller spécial de Hamed Ibn Khalifa al-Thani, l’émir du Qatar. Et elle a la particularité de bénéficier de cette position sans jamais avoir milité auparavant au sein de l’ancien parti unique.

Palme du niqab le plus commenté

Autre célébrité voilée : Naïma Madjer. La sœur de l’ancienne star du ballon rond Rabah Madjer est une ex-speakrine vedette de la télévision algérienne. Et la palme du niqab le plus commenté de cette campagne électorale revient à Fatima Ismaïl, investie par le Front de la justice et du développement, que dirige son époux Abdallah Djaballah, leader charismatique d’une mouvance islamiste radicale.

Les courants modernistes ne sont toutefois, pas en reste. De nombreuses militantes des droits de l’homme ont investi le combat électoral « pour faire barrage aux forces obscurantistes ». Il en est ainsi pour la liste indépendante Égalité et citoyenneté à Alger qui a placé des femmes dans les trois premières positions. Mais il y a fort à parier que si la législature à venir sera plus féminine que la précédente (l’APN sortante ne compte que 11% de députées), le voile y sera de mise. Avec, en prime, quelques niqab (voile intégral).

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Par Cherif Ouazani, envoyé spécial à Alger