Égypte: premier débat présidentiel télévisé, moment historique ?

Par Jeune Afrique

Abdel Moneim Aboul Foutouh (g.) et Amr Moussa (d.) lors du premier débat télévisé égyptien. © capture d'écran

À quelques jours seulement de l’élection présidentielle égyptienne, qui aura lieu les 23 et 24 mai, le pays a connu son premier débat entre candidats.

Jeudi 10 mai, les Égyptiens vivaient un moment historique. Les deux favoris de l’élection présidentielle, qui doit avoir lieu les 23 et 24 mai, s’affrontaient lors du premier débat télévisé d’Égypte…et du monde Arabe.

Le débat, organisé par deux des plus grandes chaînes privées du pays en coopération avec les deux principaux quotidiens d’opposition, a opposé Amr Moussa, ancien secrétaire-général de la ligue arabe et ex-ministre des Affaires étrangères de Hosni Moubarak, et Abdel Moneim Aboul Foutouh, dissident de la confrérie des Frères musulmans, populaire chez les classes moyennes et supérieures, et chez certains groupes salafistes.

Si depuis plusieurs mois Amr Moussa est à la tête des sondages réalisés par le centre de recherche al-Ahram, une enquête d’opinion publiée jeudi par le quotidien indépendant Al-Shourouk donne Abdel Moneim Aboul Foutouh vainqueur du premier tour, avec 20.8% des voix.

Passes d’armes

Les deux hommes avaient deux minutes pour répondre aux questions des journalistes qui animaient le débat. L’éducation, la santé, la place de l’institution militaire dans la future vie politique du pays, celle de la charia dans la constitution, tous les thèmes essentiels de l’actualité égyptienne ont été abordé. Les réponses des candidats étaient convenues, ponctuées de slogans révolutionnaires vidés de leur sens à force d’être utilisé à tout va. Fort de son expérience à la tête du ministère des Affaires étrangères et de la Ligue arabe, Amr Moussa s’est posé en homme d’État, capable de diriger un pays. De son côté, Aboul Foutouh a joué la carte du révolutionnaire, opposant de longue date au régime de Hosni Moubarak.

Les réponses des candidats étaient convenues, ponctuées de slogans révolutionnaires vidés de leur sens à force d’être utilisés à tout va.

«Le débat était intéressant, l’expérience est nouvelle pour le pays. Ils ont parlé de problématiques essentielles qui préoccupent les gens. Je ne pense pas que le débat fera changer d’opinion ceux qui ont déjà décidé pour qui ils allaient voter, mais il va aider les indécis à faire leur choix », analyse Naila Hamdy, professeur de journalisme et de communication à l’université américaine du Caire, qui précise que « même si Aboul Foutouh a réussi à garder son calme alors que Moussa s’emportait souvent, ce dernier a tout de même dominé le débat. C’est un homme qui a l’habitude de s’exprimer en public.»

Chaque candidat avait un temps imparti pour poser des questions à son adversaire ou commenter une de ses réponses. Une opportunité pour les deux hommes, qui se sont alors attachés à se rappeler leurs allégeances passées.

« Vers la fin du débat, chaque candidat a essayé de mettre en lumière les défauts de son adversaire » indique Naila Hamdy. « Moussa a insisté sur le fait qu’Aboul Foutouh était un candidat islamiste, et Aboul Foutouh a rappelé que Moussa était proche de l’ancien régime, qu’il n’avait pas sa place dans la nouvelle Égypte. »

Réactions mitigées

Sur les réseaux sociaux, le débat a été très suivi. De nombreux utilisateurs de Twitter semblent avoir été déçus par la passe d’armes qui a opposé les deux candidats. C’est le cas du bloggeur « The Big Pharaoh », qui estime que le débat présidentiel « s’est concentré sur le passé de chaque candidat, et non sur comment nourrir les gens dans le futur. » De même, certains militants égyptiens se sont indignés de l’organisation d’un tel débat, le considérant comme une mascarade alors que le pays est encore gouverné par un Conseil suprême des forces armées qu’ils jugent illégitime à diriger la transition démocratique du pays.

Une idée reprise par Zeinab Aboul Magd, professeur d’Histoire à l’université américaine du Caire, qui explique, dans une tribune publiée par le quotidien indépendant Al-Masry al-youm, que « les candidats ont détaillé de manière ennuyeuse des plans inapplicables, tout en sachant qu’ils ne pourraient pas concrétiser leurs promesses, simplement parce que les militaires occupent tous les recoins de l’État. À ce jour, aucun candidat ne s’est confronté à la question de la démilitarisation de l’État égyptien, soit par peur, soit par ignorance, ou par choix de continuer à faire l’imbécile. »

D’autres ont cependant préféré apprécier le moment historique. La bloggeuse Zeinobia a insisté sur le fait que « le gagnant de ce débat étaient les Égyptiens et les Arabes qui l’ont suivi, du Golfe (arabo-persique) à l’Océan (atlantique).» Une opinion partagée par l’ancien correspondant en Égypte d’Al-Jazeera, Ayman Mohyeldin, qui précise que « 4 heures après son lancement, le premier débat présidentiel du monde arabe est terminé. Bienvenue dans la nouvelle Égypte. »

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