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France : de la Coopération au Développement, quels changements pour la France en Afrique ?

Pascal Canfin a été nommé ministre délégué au Développement dans le gouvernement Ayrault. © AFP

C’est une institution qui disparaît. Le ministère de la Coopération, créé en 1959 par le général de Gaulle, n’est plus. Il est remplacé, dans le premier gouvernement du Premier ministre Jean-Marc Ayrault, par un ministère délégué au Développement, rattaché aux Affaires étrangères. Simple souci de vocabulaire ou nouvelle orientation politique ?

Cela faisait plus de cinquante ans qu’il régissait, en partie, les relations entre la France et les pays africains. Le ministère de la Coopération a disparu, au soir du 16 mai 2012, avec Henri de Raincourt, son dernier titulaire. Il s’était pourtant imposé, depuis sa création par le Général de Gaulle en 1959, comme un officieux « ministère de l’Afrique », compétent en matière financière mais également militaire et diplomatique.

D’abord dédié à l’ancien « pré carré », le champ d’action de la « coop » s’est progressivement étendu aux États africains anglophones et lusophones et aux pays de la région des Caraïbes. Au-delà de l’aspect géographique, ses compétences étaient immenses. Il pouvait en effet, à partir de 1962, envoyer des volontaires effectuer leur service militaire comme coopérants à l’étranger. Il gérait l’assistance technique et l’assistance militaire dans les pays de son ressort. Son ministre, jusqu’en 1998, date à laquelle il passe sous tutelle des Affaires étrangères, participait même aux conseils de Défense.

Un vieux débat

Le passage de la « Coopération » au « Développement », opéré mercredi 16 mai lors de la proclamation du gouvernement sur le perron de l’Élysée, ne doit sans doute rien à une simple querelle de formulation. Juste après son accession au pouvoir en 1981, François Mitterrand avait eu lui aussi à jongler avec les deux termes en lançant le « ministère de la Coopération et du Développement »… Ministère qui, dès 1993, reprenait son nom d’origine sous le gouvernement de cohabitation d’Édouard Balladur.

François Hollande et Jean-Marc Ayrault ont donc visiblement choisi de trancher le vieux débat entre une « coopération » teintée de proximité historique, et un « développement » plus en phase avec la terminologie européenne et administrative. Ils ont d’ailleurs attribué le portefeuille à un spécialiste des questions financières, Pascal Canfin, député européen (Europe Écologie-Les Verts) et conseiller pour la campagne présidentielle d’Eva Joly, dont on connaît l’ardeur à pourfendre les réseaux de la Françafrique.

Quel poids politique pour Pascal Canfin ?

Reste à savoir quelles seront les prérogatives réelles de ce ministre délégué au Développement. Son existence tient peut-être également à une volonté de recadrer l’Agence française de développement (AFD). La Cour des comptes avait en effet sévèrement critiqué, dans un rapport de 2011, la mauvaise gestion de l’Agence, écartelée entre trois ministères de tutelle (Affaires Étrangères, Finances et Outre-mer), et que la Direction Générale de la Mondialisation, créé en 2008 en partie à cet effet, peinait à prendre en charge.

Le poids politique de Pascal Canfin risque surtout d’être limité alors qu’il est placé sous la tutelle du poids lourd du gouvernement, Laurent Fabius. L’Ivoirien Alassane Ouattara, le Gabonais Ali Bongo Ondimba, le Togolais Faure Gnassingbé, le Béninois Boni Yayi, Laurent Fabius les a tous récemment rencontrés. Et il y a fort à parier que les chefs d’État du continent préféreront s’adresser à lui, ou à François Hollande directement.

Avant Pascal Canfin, deux autres ministres ont déjà tenté de nettoyer le marigot françafricain : Jean-Pierre Cot de 1981 à 1982 et Jean-Marie Bockel de 2007 à 2008. Ils s’en sont tous deux mordu les doigts. Cette fois-ci est-elle la bonne ?

"Les pouvoirs passent, les intérêts de la France demeurent"

Dans les couloirs des ONG françaises, l’heure n’est pas à un optimisme démesuré. Il se dit que, malgré le nouveau nom du « ministère de l’Afrique », l’engagement de la France à consacrer 0,7% de son PIB au développement, qui n’a pas été respecté sous Nicolas Sarkozy, ne le sera pas davantage sous François Hollande. Comme le déclarait Laurent Fabius, lors de la passation de pouvoir au Quai d’Orsay, jeudi 17 mai, « les pouvoirs passent, les intérêts de la France demeurent ».
 

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