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Paul-Harry Aithnard : « L’attractivité de l’UEMOA est souvent sous-estimée »

Paul-Harry Aithnard est le directeur de la recherche d'Ecobank. © Ecobank/D.R.

Présent au Forum économique Uemoa-Asie, qui se tient les 21 et 22 mai à Lomé, au Togo, Paul-Harry Aithnard, le directeur de la recherche du groupe Ecobank, explique les conditions pour rendre encore plus attractive cette zone qui regroupe les huit pays francophones d’Afrique de l’Ouest ayant le franc CFA en commun.

Jeune Afrique : Les pays asiatiques sont de plus en plus nombreux à s’intéresser à la sous-région. Cependant de nombreux obstacles au développement des affaires subsistent. Quels sont, d’après vous, les principaux ?

Paul-Harry Aithnard : L’un des points fondamentaux cité par les investisseurs asiatiques lorsqu’on le leur demande, c’est le déficit énergétique qui augmente considérablement les coûts de production dans la région. Et, quand on regarde les chiffres en Afrique, c’est vrai qu’ils sont catastrophiques. Nous produisons en tout 30GW contre environ 1000GW en Europe. De fait, l’une des toutes premières priorités sur lesquelles nous devons travailler reste la production d’énergie. À cela, il faut ajouter des difficultés liées aux mouvements de capitaux et aux politiques de change, en raison de réglementations souvent rigides. Par exemple, aujourd’hui, il est inconcevable qu’il n’y ait pas de politique de change entre le cedi ghanéen et le franc CFA. Pourtant, il suffirait d’un accord entre les pays concernés pour que cela se mette en place.

À propos de l’énergie, des initiatives sous-régionales sont en cours pour réduire le déficit comme le projet Ired, mais on ne sent pas d’engouement de la part du secteur privé. Comment expliquer cela ?

Nous n’avons toujours pas dans la sous-région, un environnement réglementaire adéquat aux investissements privés dans le secteur énergétique. Les politiques de subventions massives appliquées dans certains pays n’incitent guère les opérateurs privés. L’industrie des générateurs d’électricité est complètement sclérosée dans nombre de pays. Ce sont des points à améliorer pour attirer les investisseurs privés dans le secteur de la production d’énergie.

Quels sont les atouts de la zone ?

Ils sont nombreux et on a d’ailleurs souvent tendance à sous-estimer son attractivité par rapport aux autres blocs économiques du continent. Pourtant, il suffit de regarder les perspectives de croissance de cette zone qui, avec une moyenne de + 7,8 %, est parmi les plus élevées du monde, pour s’en rendre compte. Au moins trois grands ports, Abidjan, Lomé et Cotonou permettent de desservir la sous-région. Cette région compte parmi ses États membres le premier producteur mondial de cacao (Côte d’Ivoire), le premier producteur de coton africain (Burkina Faso) et l’un des leaders mondiaux de la production d’uranium (Niger). La zone Uemoa est aussi un marché de plus de 86 millions de consommateurs.

Au regard de ce qui s’est passé récemment en Côte d’Ivoire ou au Mali, ne minimise-t-on pas le risque pays dans la zone ?

On a souvent tendance à gonfler le risque pays. Lorsque vous allez voir une banque étrangère pour le financement d’un projet en Afrique, souvent elle va passer 80% de son processus d’analyse sur le risque pays et 20% sur le projet lui-même. La démarche qu’il faut promouvoir est celle qui permet une réponse équilibrée. En d’autres termes, tout en prenant en compte le risque pays, il faut consacrer aussi plus de temps aux due diligences du projet lui-même. Celui-ci peut avoir un intérêt économique suffisamment fort pour qu’un investisseur accepte de prendre le risque. Il existe alors plusieurs approches pour le contrôler, c’est à dire s’assurer qu’on peut sortir rapidement les devises, prendre une assurance sur les infrastructures qu’on met en place, etc. Lorsqu’on investit en Afrique on doit avoir une vue à long terme. Mais il faut aussi dire que les cas de crises politiques profondes sont de plus en plus rares et qu’aujourd’hui les conflits sont de plus en plus courts en Afrique.

On parle beaucoup de la Chine en Afrique mais Singapour, la Thaïlande, la Malaisie…  sont  aussi intéressés par le continent. En quoi l’approche de ces dragons d’Asie du sud-est diffère-t-elle de celle des Chinois ?

À l’opposé des investisseurs chinois qui sont subventionnés par leur gouvernement, ceux qui viennent des autres pays d’Asie du sud-est appartiennent à 90% au secteur privé. À mon avis, l’approche qui privilégie le secteur privé est plus soutenable à long terme.

Propos recueillis par Stéphane Ballong, à Lomé

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