Liberia : l’ex-Mme Charles Taylor, une femme d’influence au Sénat

La sénatrice Jewel Howard a été première dame du Liberia pendant 7 ans. © AFP

Mariée entre 1997 et 2005 à Charles Taylor, avec qui elle a eu deux enfants, l’ex-première dame du Liberia est aujourd’hui une sénatrice très influente. Une journaliste de l’hebdomadaire américain "Newsweek" l'a rencontrée. Témoignage.

Ils se sont rencontrés au début des années 1980. Elle arpente alors les bancs de l’Université du Liberia, à Monrovia. Lui est directeur de l’Agence des services généraux. Elle dit de lui qu’« il adorait les enfants ». Lui, c’est Charles Taylor, condamné mercredi 30 mai à 50 ans de prison par le par le Tribunal spécial pour la Sierra Leone (TSSL) pour crimes contre l’humanité et de crimes de guerre, dont viols, meurtres et pillages, commis entre 1996 et 2002 en Sierra Leone. Elle s’appelle Jewel Howard. Aujourd’hui membre du National Patriotic Party (NPP) et sénatrice du Comté de Bong depuis 2005, c’est l’une des figures politiques les plus influentes du Liberia. En janvier 2012, elle a manqué la présidence du Sénat à une voix près.

Dans ces prémices, leur relation ressemble à une longue séparation. Quand ils se rencontrent, Charles Taylor est déjà marié, ce qui ne les empêchent pas d’avoir très rapidement un premier enfant ensemble. Mais Taylor doit très vite quitter le Liberia. Accusé par le régime du sergent Samuel Kanyon Doe d’avoir détourné, par le biais d’une société fictive, 900 000 dollars (270 millions de F CFA), il s’exile en 1984 aux États-Unis, où il sera emprisonné. Quand elle part à sa recherche de l’autre côté de l’Atlantique, il s’est déjà évadé pour rejoindre la capitale du Burkina Faso, Ouagadougou. [Lire ici notre dossier "Charles Taylor, itinéraire d’un tueur"]. Jewel Howard restera une dizaine d’années aux États-Unis pour y faire des études de finance.

En 1996, lorsqu’elle rentre au Liberia, les accords de paix d’Abuja (Nigeria) ont mis fin à une guerre civile qui a fait plus de 200 000 morts et pendant laquelle Charles Taylor a, à la tête du Front national patriotique du Liberia (NPFL), repoussé les limites de l’horreur dans son pays. Un an après, le 19 juillet 1997, il est élu président du Liberia et demande Jewel Howard en mariage. Un second enfant naîtra de leur union. Elle restera première dame du Liberia pendant 7 ans, jusqu’à leur divorce en 2005.

"Je n’ai jamais été impliquée dans la guerre"

Que savait-elle des atroces agissements de son mari ? Interrogé par une journaliste de l’hebdomadaire américain Newsweek, l’intéressée botte en touche : « Je n’ai jamais été impliquée dans la guerre. Je n’étais pas là pendant toute sa durée. Je suis rentrée au début du mandat » de Taylor, affirme-t-elle. « Les gens disent que les RUF [Revolutionary United Front, rébellion sierrra-leonaise, NDLR] étaient présents à Monrovia. Mais en tant que première dame, je ne les ai jamais vus, je n’ai jamais été en contact avec eux ». Les accusations de l’ONU faisant état d’un trafic de diamants ? « Je ne savais pas de quoi ils parlaient. J’étais troublée. À chaque fois que je lui posais des questions, il riait et me disait "Ne t’inquiète pas, cela ne t’affecte pas" ».

Aujourd’hui, c’est flanquée de la triple casquette de mère de famille, d’ancienne première dame et de sénatrice qu’elle a vécu le procès de son ex-mari. La mère s’inquiète des répercussions possibles de la situation sur ses enfants. La femme politique, elle, affiche sa neutralité. « Quoique je dise, un groupe se sentira marginalisé, donc en tant que sénatrice, je me place au milieu. L’affaire Charles Taylor n’est pas une affaire libérienne, elle concerne la communauté internationale et la Sierra Leone ».

Mais c’est sans doute l’ancienne épouse qui s’exprime quand elle affirme que les motivations de l’instruction sont « politiques. (…) Tous les éléments-clé n’ont pas été prouvés. Pourtant, il a été déclaré coupable de tous les chefs d’accusations », fait-elle mine de s’étonner.
 

Déjà 200 000 inscrits


Chaque jour, recevez par mail les actus Jeune Afrique à ne pas manquer


Curieux ? Voici un aperçu des newsletters ici