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L’éprouvante détention des pirates somaliens du Ponant dans les prisons françaises

Par Jeune Afrique

Croquis d'audience du 22 mai 2012 des six Somaliens accusés de la prise d'otage du Ponant. © AFP

Six Somaliens, accusés de l’abordage et de la prise d’otages du voilier français le Ponant, en avril 2008, sont jugés par la Cour d’assises de Paris. Quatre ans de détention dans les prisons françaises ont constitué un véritable choc culturel pour ces pirates présumés. Cela pèsera-t-il dans le verdict, attendu la semaine prochaine ?

D’un village de pêcheurs de la côte somalienne à la cellule d’une prison française, la transition a été abrupte. Abdulqader Guled Said, 32 ans, « a bu de l’eau de javel, du shampoing et a été retrouvé nu à la promenade », a rapporté son avocat, Me Grégory Saint-Michel. Les « bêtes sauvages » que Said assure avoir vues en détention ? Ce sont des hallucinations typiques du « syndrome de Ganser », c’est à dire d’une « psychose de détention », explique son autre conseil, Me Augustin d’Ollone.

Aux côtés  Said, ils sont cinq Somaliens à comparaître devant la Cour d’assise de Paris depuis le 22 mai. Ces hommes de 25 à 50 ans avaient été interpellés sur le sol somalien le 11 avril 2008 par les forces spéciales françaises, quelques heures après la libération, dans le Golfe d’Aden, des 30 membres d’équipage du voilier de luxe le Ponant. Ils sont poursuivis pour enlèvement et séquestration, vol en bande organisée, et encourent la réclusion criminelle à perpétuité.

Gardiens de chèvres

Difficile de savoir qui sont ces hommes, tant les enquêtes de personnalité ont été difficiles à mener, depuis la France, auprès de leurs proches en Somalie. Comme la plupart des 22 Somaliens détenus dans l’Hexagone pour faits de piraterie, ils étaient gardiens de chèvres ou de dromadaires, avant de devenir pêcheurs de langoustes, maçons, chauffeurs de taxi ou… pirates. Mais des six accusés, un seul, surnommé « le Mielleux » par ses proches (pour sa gentillesse), admet cette dernière activité.

Les voisins du « Mielleux » sur le banc des accusés seraient surtout les victimes d’une guerre civile sans fin, reprise en Somalie depuis 1991, et qui oppose un État déliquescent à l’intégrisme des Shebab, les bandes armées islamistes qui tiennent la majorité du territoire. Les conditions de vie se sont détériorées dans un pays laissé à l’abandon par la communauté internationale. Les pêcheurs ont dû trouver une autre source de revenus, pour compléter les « 3 euros » gagnés quotidiennement en moyenne. Les quelque 25 000 navires marchands transitant annuellement dans le Golfe d’Aden ont vite fait l’objet de convoitises.

Manne inespérée

Sur les 3 500 pirates somaliens en activité ces dernières années, selon l’estimation de l’UNODC (Agence des Nations unies contre la drogue et la criminalité), 1 000 seraient déjà sous les verrous. Mais tant que les abordages rapporteront une manne inespérée – 170 millions de dollars extorqués en 2011 selon l’ UNODC – il est peu vraisemblable que les pêcheurs somaliens convertis à la piraterie retournent prochainement à leurs filets.

Les six accusés de l’affaire du Ponant souhaitent, eux, retourner chez eux, ou faire une demande d’asile en France après leur libération, pour y trouver un travail et pouvoir envoyer de l’argent à leur famille. Le verdict est attendu en milieu de semaine prochaine.

(avec AFP)

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