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Présidentielle égyptienne : la révolution en péril ?

Par Jeune Afrique

Des manifestants égyptiens protestent contre l'armée, le 15 juin 2012 sur la place al-Tahrir. © AFP

En Égypte, la transition vers la démocratie semble en péril, après l’invalidation des élections législatives remportées en novembre par les forces islamistes, et le maintien de la candidature à la présidentielle d‘Ahmed Chafiq, l’ancien Premier ministre d’Hosni Moubarak.

Coup d’État contre la démocratie. Telle semble être la position d’une très grande partie des forces politiques égyptiennes, suite au deux décisions controversées de la Haute cour constitutionnelle. Encore une fois, le Conseil suprême des forces armées (CSFA), qui dirige la transition politique du pays depuis plus d’un an et demi, est dans le viseur.

La mise hors-jeu de l’Assemblée nationale pourrait en effet permettre aux militaires de récupérer le pouvoir législatif, comme c’était le cas entre février 2011 et l’entrée en fonction du Parlement égyptien, en février 2012.

L’armée pointée du doigt

Les militaires, considérés à la chute de Moubarak comme les protecteurs du peuple, sont aujourd’hui les ennemis jurés des jeunes révolutionnaires. Ces derniers mois, les affrontements entre les deux camps se sont intensifiés. Début mai, au pied du ministère de la Défense, de véritables combats de rue ont opposé des manifestants à des militaires et des petites frappes de l’ancien régime. Bilan : des dizaines de morts, et une centaine d’arrestations arbitraires.

« Le scénario de la contre-révolution est clair à travers une série d’épisodes passant par les acquittements dans le procès de Moubarak, la décision de donner à la police militaires et aux renseignements militaires le pouvoir d’arrêter les civils, et enfin l’invalidation du Parlement », a ainsi fait savoir un collectif de partis de gauche, laïcs et libéraux, dans un communiqué, qui précise également que « toutes ces mesures démontrent que le CSFA est déterminé à reproduire l’ancien régime et que la présidentielle n’est qu’une mauvaise comédie visant à permettre au CSFA de renforcer son emprise sur les rouages de l’État et de les mettre au service du candidat de l’ancien régime, Ahmed Chafiq

Une opinion partagée par des observateurs plus objectifs, comme Khalil al-Anani, spécialiste du Moyen-Orient à l’université britannique de Durham : « ce qui se passe fait partie du plan global de transition mis au point par les militaires, qui essaient depuis près d’un an et demi d’absorber le choc de la révolution. »

Pour Matthieu Guidère, spécialiste du monde musulman à l’université de Toulouse, en France, les derniers évènements venus rythmer la transition politique égyptienne relèvent « avant tout d’une stratégie politique pensée de façon sérieuse par l’institution militaire, qui essaie de garder la totalité des options ouvertes quel que soit le résultat de la présidentielle. »

Un second tour maintenu

Dans une déclaration reproduite par l’agence de presse officielle Mena, l’armée a fait savoir qu’elle ferait « fermement face à quiconque empêcherait les citoyens de choisir le futur président de l’Égypte ». Elle a aussi annoncé le déploiement de 150 000 militaires pour assurer la sécurité dans plus de 13 000 bureaux de vote à travers le pays.

Pour inciter les 50 millions d’électeurs à se rendre aux urnes, les autorités ont décrété samedi et dimanche jours fériés. Le ministère de l’Intérieur a par ailleurs annoncé un plan de sécurité draconien pour prévenir d’éventuels troubles.

Le candidat des Frères musulmans à l’élection présidentielle dont le second tour doit avoir lieu les 16 et 17 juin, Mohamed Morsi, a annoncé qu’il respectait la décision de la Cour, qui a aussi invalidé une loi privant les piliers de l’ancien régime de leurs droits civiques. Permettant ainsi à Ahmed Chafiq, le dernier Premier ministre de Moubarak, d’être le numéro deux d’un scrutin considéré comme historique.

L’ancien commandant en chef de l’armée de l’air fait campagne en promettant le rétablissement de la sécurité. Ces derniers jours, il a également multiplié les promesses de « reconstruire un État et une économie modernes », de « lancer des grands projets pour résorber le chômage » et de « garantir les libertés individuelles et de la presse. »

(Avec AFP)

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