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Tunisie : le 9e congrès d’Ennahdha, beaucoup de bruit pour rien ?

Rached Ghannouchi (C.) et Hamadi jebali (D.), les deux principaux leaders modérés d'Ennahdha. © Féthi Belaid/AFP

Très attendu, le 9e congrès d’Ennahdha a joué les prolongations mais n’a pas permis la redistribution des cartes tant annoncée. Il a juste fait la synthèse des objectifs que le mouvement islamiste présente depuis sa légalisation et son arrivée au pouvoir.

De nombreuses spéculations ont accompagné le premier congrès officiel d’Ennahdha, au pouvoir en Tunisie depuis l’élection d’une Assemblée nationale constituante (ANC), le 23 octobre dernier. Certains prédisaient une lutte au couteau entre les tendances radicales et modérées, d’autres prévoyaient l’émergence de nouvelles figures. En fait, les assises de la formation islamiste n’ont rien apporté de vraiment nouveau. Sinon qu’elles sonnent comme la consécration pour un parti de masse sorti de l’exil et de la clandestinité.

Mais en voulant faire une démonstration spectaculaire de sa force et de sa popularité, Ennahdha a surtout donné l’impression d’utiliser les mêmes méthodes que le Rassemblement démocratique constitutionnel (RCD), le parti dissout – et honni – de l’ex-président Zine el-Abidine Ben Ali. Blocage des routes, mobilisation de bus publics pour transporter les militants, discours empreints d’auto-satisfaction et applaudissements tous azimuts ont rappelé aux Tunisiens l’hégémonie du parti unique.

Fortes dissensions internes

Si les motions adoptées lors du congrès mettent en avant la nécessité du consensus et de nouvelles alliances politiques, les doutes subsistent sur la sincérité de la position centriste officiellement revendiquée par le parti sous l’impulsion de son leader historique, Rached Ghannouchi. La longueur des débats conduits à huis clos laisse présumer de l’existence de fortes dissensions internes entre les différents courants qui traversent Ennahdha.

L’ambiguité subsistant sur la ligne du parti, son congrès a été une sorte de « non événement ». L’élection des cent membres du « Majless el choura » ou conseil consultatif d’Ennahdha, montre que l’équilibre a été préservé entre tendances radicales et modérées. Si Rached Ghannouchi a été reconduit à la tête du parti, les fondamentalistes n’ont pas été écartés. Des ultras tels que Sadok Chourou, Habib Ellouze et Sahbi Attig figurent parmi les vingt premiers élus aux côtés de modérés tels que Noureddine Bhiri, Samir Dilou et Ajmi Lourimi.

Faible présence de femmes

La faible présence de femmes dans le conseil est aussi notable que l’entrée d’Oussema Ben Salem et de Hichem Laârayedh, respectivement fils du ministre de l’Enseignement supérieur et du ministre de l’intérieur. Ennahdha s’installe dans la durée et prépare la relève future. Les motions du congrès soulignent également que le mouvement continuera à jouer la carte identitaire et religieuse, puisqu’il recommande d’ancrer l’enseignement autour de valeurs arabo-musulmanes, mais aussi de criminaliser les atteintes au sacré.

Les conclusions du congrès relèvent enfin plus de la feuille de route à l’usage des élus de l’ANC et du gouvernement que de la restructuration du parti. En insistant sur l’exclusion des anciens du RCD et l’instauration d’un régime parlementaire issu d’un scrutin à la proportionnelle absolue, le 9e congrès fait même figure de point de départ pour la campagne électorale d’Ennahda en vue des prochains scrutins. Bref, pour connaître la ligne politique du parti avec plus de précision, il faudra attendre le congrès extraordinaire annoncé… pour 2014.

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Par Frida Dahmani, à Tunis

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