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Ramadan : conseils de nutritionniste pour jeûner en gardant la santé

Écrit par Katia Guibert

Des Tunisiens achètent du pain pour la rupture du jeûne, à Tunis en 2011. © Fethi Belaid/AFP

Le docteur Bouchra Benlarbi Amar est une endocrinologue marocaine spécialisée dans les maladies métaboliques et la nutrition. En cette période de ramadan, nous avons sollicité ses conseils pour dresser une liste des principaux pièges à éviter lors la pratique du jeûne. Interview.

Jeune Afrique : Cette année encore, le mois de ramadan a lieu en plein été. Les journées de jeûne sont plus longues, 17 heures en moyenne, et plus chaudes que pendant le reste de l’année. Quelles en sont les conséquences sur l’organisme ?

Bouchra Benlarbi Amar (en photo ci-dessous) : Les conséquences du jeûne en été sont multiples. La première et la plus fréquente est la déshydratation. Ensuite la mauvaise digestion, qui entraine des ballonnements, constipation et mauvaise haleine, dus à l’ingestion massive d’aliments dans un temps court à l’heure de la rupture du jeûne. Enfin, la durée de sommeil est raccourcie, ce qui entraîne mauvaise humeur, baisse de vigilance, baisse des performances physiques et intellectuelles des jeûneurs.

Les Jeux olympiques ont lieu durant le ramadan. Certains athlètes musulmans assurent que le jeûne favorise leur performance. Qu’en pensez-vous ?

Je ne pense pas que le jeûne soit compatible avec la pratique d’un sport de haut niveau.

Je ne pense pas que le jeûne soit compatible avec la pratique d’un sport de haut niveau car sans eau ni nourriture, le corps est mis dans un état de détresse assez rapidement avec pour conséquence : vertiges, hypoglycémie, voire perte de connaissance. Pour les sportifs marocains, ils peuvent reporter le jeûne à l’après compétition puisqu’une fatwa les y autorisant a été émise par le Conseil supérieur des oulémas.

Faut-il une préparation spécifique pour pouvoir concourir en haute compétition tout en jeûnant ?

Se préparer pour le ramadan est valable pour tous musulmans pratiquants. Mais quelle que soit la qualité de cette préparation, elle ne permettra pas aux athlètes de concourir comme leur collègues non jeûneurs. Ils seront dans tous les cas pénalisés.

Cinq écueils à éviter pendant le ramadan, selon le Dr Bouchra Benlarbi Amar :

– Ne pas prendre un seul repas copieux. Il faut préférer une répartition alimentaire en 2 ou 3 prises.

– Éviter les repas trop riches en gras et en sucres (fritures, et gâteaux au miel par exemple).

– Ne pas remplacer l’eau, fondamentale pour l’hydratation, par des jus ou des sodas.

– Éviter de commencer une activité physique inhabituelle.

– Ne pas raccourcir son temps de sommeil : il faut garder son rythme habituel.

Vous êtes diabétologue, endocrinologue et nutritionniste. Conseillez-vous souvent à vos patients de ne pas jeûner pour des raisons de santé ? Sont-ils réticents à renoncer au jeûne ?

Les consensus sur le diabète et le ramadan évoluent avec les nouvelles molécules thérapeutiques et les nouvelles technologies mises en œuvre. Mais les mêmes critères restent valables pour permettre à un patient diabétique de jeûner : ne peut jeûner que le diabétique bien équilibré, n’ayant aucune maladie intercurrente, aucune complication, sous réserve d’une surveillance clinique et biologique durant le mois de ramadan.

Les patients sont de moins en moins réticents à renoncer au jeûne pour des raisons de santé. Ils sont beaucoup plus éclairés et éveillés qu’avant, et donc plus attentifs aux conseils de leur médecin. Il y a souvent un amalgame entre religion et tradition quant au jeûne.

Arrivez-vous à adapter vos programmes alimentaires personnalisés aux patients qui refusent de renoncer au jeûne, en prenant en compte le rythme de vie lié au ramadan ?

Le médecin peut adapter le traitement et le programme alimentaire aux patients qui refusent de renoncer au jeûne, à condition bien sûr qu’il n’y ait pas de contre-indication absolue et uniquement dans ce cas.

Quelles sont les conditions d’un jeûne sain pour la santé ?

Un jeûne sain passe tout d’abord par une bonne aptitude physique et psychique. L’absence de toute maladie patente et le respect d’un régime alimentaire équilibré avec une bonne hydratation sont nécessaire. Enfin il faut maintenir une activité physique modérée (pas de sport intense), et surtout préserver un sommeil réparateur.

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Propos recueillis par Katia Guibert

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