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Nord-Mali : un ramadan sous le diktat des islamistes

À Tombouctou, malheur à ceux qui enfreignent les règles imposées par les islamistes. © Luc Gnago/Reuters

Pour la première fois, le Nord du Mali a passé un ramadan sous la férule des "fous de Dieu". Coupés de la moitié sud du pays, les habitants ont subi stoïquement la rigueur toute wahabbite des islamistes, nouveaux maîtres des lieux.

Depuis le mois d’avril, les principales villes du Nord-Mali ont échappé au contrôle de Bamako. Ce sont les islamistes d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) et du Mouvement pour l’Unicité et le Jihad en Afrique de l’Ouest (Mujao), à Gao, comme ceux d’Ansar Eddine, à Tombouctou, qui font la loi. Leur loi : la charia.

Conséquence : la vie a bien changé. Et le ramadan de 2012 ne ressemble en rien à ceux des années passées. La population, qui a l’habitude de pratiquer un islam modéré, est déboussolée. Les islamistes imposent par exemple les thèmes sur lesquels les imams doivent faire des prêches dans les mosquées, même si « cela ne m’empêche pas de traiter aussi de mes propres sujets », nuance Abdrahmane Ben Essayouti, l’imam de la mosquée Djingareyber de Tombouctou.

N’empêche, l’ambiance dans les rues de la Ville aux 333 saints a bien changé. Sur instruction des nouveaux maîtres, les restaurants et les buvettes sont désormais fermées pendant la journée. « Les femmes ne vendent plus de galettes ni de crème de mil [très prisée par la population, NDLR] et il est interdit de griller la viande dans la journée », témoigne Ali Yattara, un boucher de Tombouctou. Le vendredi, à l’heure de la grande prière, la présence de tout un chacun est requise à la mosquée, car « toute personne qui circule dans les rues à cette heure là sera fouettée », ont averti les islamistes.

Censure

À Kidal, les islamistes qui contrôlent la ville vont jusqu’à prêcher directement dans les mosquées. Ils pratiquent également la censure : ils ont coupé le signal de l’ORTM [la télévision nationale, NDLR] de manière à ce que les habitants n’aient plus accès aux émissions religieuses qui se fondent sur un islam trop modéré à leurs yeux. « Cela nous manque », regrette Mohamed Ali, un habitant. « On a l’impression qu’on habite dans un sultanat, comme dans les pays du Golfe et notre sultan (empereur) s’appelle Iyad Ag Ghali », le chef du groupe Ansar Eddine qui contrôle la ville.

Un sultanat cependant sans électricité dans la journée. L’énergie ne vient que le soir, à Tombouctou comme à Gao. Cette dernière ville a même connu une grande pénurie, au début d’août. Le 27 juillet, le Mujao a donné 50 millions de F CFA pour acheter le carburant des groupes électrogènes qui alimentent toute la cité. Pas assez tôt pour éviter la rupture. En attendant que le carburant arrive, le courant électrique n’était disponible que de 18 heures à 23 heures.

Manque de liquidités

Mais le pire c’est peut-être le manque de liquidités. Les prix sont raisonnables, les islamistes encourageant les commerçants à approvisionner les marchés. Mais depuis que les services étatiques et les banques ont été détruits par les islamistes, la majorité de la population n’a plus suffisamment d’argent pour se payer les produits de première nécessité.

Du coup, les islamistes ont été obligés de mettre sur pied une aide alimentaire. Les chefs de ménages apportent au comité de crise de la ville leur carnet de famille qui donne droit de la famille un sac de 50 kg de riz, des haricots et de l’huile pour quatre personnes. Feront-ils un petit geste supplémentaire – de la viande par exemple – pour la fête de fin du ramadan, l’Aïd el-Fitr ?

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Par Baba Ahmed, à Bamako

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