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RDC : HRW accuse le M23 de « crimes de guerre » et pointe du doigt le Rwanda

À Bunagana, un poste-frontalier avec l'Ouganda occupé par les combattants du M23. © Michele Sibiloni/AFP

Dans un rapport publié mardi 11 septembre, le Mouvement du 23 mars (M23) est accusé par Human Rights Watch (HRW) d’être responsable de "crimes de guerre à grande échelle" à Rutshuru, dans la partie est de la RDC. L’ONG américaine demande également aux "autorités rwandaises de cesser immédiatement leur soutien" présumé à la rébellion congolaise.

Exécutions sommaires, viols, recrutements forcés… Pour Human Rights Watch (HRW), « les rebelles du M23 sont en train de commettre une horrible série de nouvelles atrocités dans l’est de la RDC. » Dans un rapport rendu public mardi 11 septembre, l’ONG américaine de défense des droits de l’Homme exige que les responsables présumés de ces exactions soient arrêtés et jugés.

« Les commandants du M23 devraient être contraints de rendre des comptes pour ces crimes et les autorités rwandaises qui [les] soutiennent pourraient être traduites en justice pour complicité », a déclaré Anneke Van Woundenberg, expert de la division Afrique de HRW.

Viols d’enfants

S’appuyant sur des « affirmations [recueillies lors] des entretiens, menés de mai à septembre, avec 190 personnes congolaises et rwandaises, des membres des familles de victimes, des témoins, des autorités locales, ainsi que des combattants et anciens combattants du M23 », HRW affirme qu’entre juin et août, « des combattants du M23 ont délibérément tué au moins 15 civils, en ont blessé 14 autres et ont violé au moins 46 femmes et filles dans des zones qu’ils contrôlent. Au moins 13 des victimes de ces viols étaient des enfants ».

Au mois de juillet, 137 jeunes et garçons auraient été recrutés de force par le groupe rebelle dans le territoire de Rutshuru, au Nord-Kivu, province congolaise frontalière avec le Rwanda. « La plupart ont été enlevés à leur domicile, au marché ou lorsqu’ils se rendaient à leurs champs. Au moins sept d’entre eux avaient moins de 15 ans », précise le rapport.

Les succès militaires du M23 sont justifiés, selon HRW, par le soutien apporté aux rebelles par le Rwanda voisin. Kigali ne cesse pourtant de nier toute implication.

Depuis le début de leur insurrection, les hommes du colonel Makenga ont occupé plusieurs villages dans le territoire de Rutshuru. Des succès militaires justifiés, estime HRW, par le soutien apporté aux rebelles par le Rwanda voisin. « En juillet, plusieurs centaines de militaires de l’armée rwandaise, et peut-être encore plus, ont été déployés dans l’est de la RDC pour aider le M23 à s’emparer de la ville frontalière stratégique de Bunagana, de la base militaire de Rumangabo, des villes de Rutshuru, Kiwanja, et Rugari, et des zones environnantes », soutient l’ONG. Kigali n’a pourtant cessé de nier toute implication dans la crise actuelle à l’est de la RDC.

Efforts diplomatiques

Mais HRW persiste et signe : « De nombreux militaires de l’armée rwandaise déployés en appui du M23 passaient directement du Rwanda en RDC, empruntant divers sentiers, notamment près de Njerima et de Kanyanje. D’autres seraient passés par le territoire de l’Ouganda pour pénétrer en RDC, notamment par un sentier situé du côté ougandais du volcan Sabyinyo. »

Des accusations qui vont à contre-sens des efforts diplomatiques récemment engagés par le Rwanda pour obtenir la levée de différents gels d’aides au développement, imposés par des pays occidentaux en rétorsion au soutien supposé de Kigali aux rebelles du M23. La Grande-Bretagne a même annoncé, le 4 septembre, qu’elle allait débloquer la moitié de l’assistance financière en faveur du gouvernement rwandais, qu’elle avait précédemment gelée.

Par ailleurs, un mini-sommet des chefs d’États de la région des grands lacs est prévu le 27 septembre prochain à New-York. «  Il s’est passé beaucoup de choses en RDC ces derniers mois, il faut donc faire le point », a expliqué  Hervé Ladsous, secrétaire adjoint des Nations unies en charge des opérations de maintien de la paix, en visite en RDC. Une occasion de plus pour Kigali et Kinshasa de tenter de régler politiquement leur différend.

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