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Togo : l’ancien ministre Pascal Bodjona inculpé dans une affaire « d’escroquerie internationale »

Par Jeune Afrique

L'ex-ministre est accusé d'avoir pris part à une "escroquerie internationale". © AFP

Arrêté depuis le 1er septembre, l’ancien ministre togolais Pascal Bodjona s’est vu signifier, mardi 11 septembre, son inculpation pour "complicité d'escroquerie" par la justice togolaise. Il est soupçonné d'avoir joué un rôle important dans une arnaque à la nigériane qui a couté 48 millions de dollars à un homme d'affaires émirati.

Pascal Bodjona « a été inculpé et placé sous mandat de dépôt mardi soir » par le juge d’instruction, a indiqué à l’AFP Me Raphaël Kpandé-Adzaré, l’un des avocats de l’ancien ministre togolais. Ce sont des faits de « complicité d’escroquerie » qui sont reprochés à M. Bodjona, arrêté le 1er septembre à Lomé et gardé depuis à la gendarmerie nationale dans le cadre de l’affaire, qualifiée « d’escroquerie internationale ».

Me Kpandé-Adzaré clame l’innocence de son client, faisant état d’un « acharnement contre » l’ancien ministre, dans le cadre d’une « procédure irrégulière et complètement viciée ». Proche du président Faure Gnassingbé, Pascal Bodjona a occupé les fonctions de ministre de l’Administration territoriale et de porte-parole du gouvernement togolais de décembre 2007 jusqu’à son éviction surprise du gouvernement, à l’occasion d’un remaniement le 31 juillet dernier.

Le nom de M. Bodjona apparaît dans le cadre d’une affaire d’escroquerie, qui se chiffrerait à 48 millions de dollars. L’affaire met aux prises Bertin Sow Agba, homme d’affaires togolais, et un homme d’affaires émirati, El Youssef Abass. Résident à Abu Dhabi, ce dernier prétend avoir été la cible d’un réseau organisé par M. Agba dans le but de le voler.

Le magot de Robert Gueï

Les membres du réseau seraient parvenus à tromper l’Emirati en utilisant une technique appelée « l’escroquerie à la nigériane » : des individus font croire qu’ils vont bénéficier d’une somme d’argent importante, léguée par un défunt mais bloquée dans une banque. Ils demandent alors une certaine somme à la future victime afin d’être en mesure, prétendent-ils de lever une somme suffisante pour débloquer le magot de la personne décédée. Intéressée par un pourcentage sur la somme finale une fois celle-ci débloquée, la victime peut alors tomber dans le piège et avancer l’argent réclamé. Les faussaires disparaissent alors avec l’argent de la victime.

Cette méthode aurait été employée par M. Agba dans cette affaire, qui se serait présenté comme le mandataire d’un ayant-droit du défunt président ivoirien Robert Gueï. L’histoire est classique : ce dernier aurait laissé à sa mort une fortune estimée à 275 millions de dollars, bloquée sur un compte en banque au Togo. Le prétendu ayant-droit aurait alors demandé l’aide de M. Abass afin de pouvoir accéder au pactole, lui faisant miroiter un alléchant pourcentage. Abass ne reverra évidemment jamais la somme avancée.

Transfert d’argent

La presse togolaise rapporte que l’Emirati aurait été conduit au domicile de M. Bodjona, alors directeur de cabinet (il a occupé le poste de 2005 à 2007) du président Faure Gnassingbé. Peut-être une manoeuvre pour crédibiliser l’affaire.

D’autre part, c’est M. Bodjona qui aurait pris en charge le transfert de l’argent de M. Abass via le Ghana, se faisant alors passer frauduleusement pour le ministre de l’Intérieur. Il se retrouverait donc sérieusement impliqué dans cette affaire. L’homme d’affaire émirati a, d’après une source proche du dossier, « déposé une plainte le 31 août contre M. Bodjona qui comparaissait » initialement au seul titre de témoin dans cette affaire. « Saisi de cette plainte, le parquet l’a transmise à la gendarmerie qui l’a [M. Bodjona] interpellé le 1er septembre » a poursuivi la même source, s’exprimant à l’AFP.

« L’homme d’affaires émirati avait entre-temps accepté un règlement à l’amiable, mais les tractations n’ont rien donné  », a révélé cette source. Ces derniers jours, les avocats de M. Agba ont, pour leur part, défendu l’innocence de leur client et sommé la justice togolaise de le libérer. Les avocats assurent que la Cour suprême a prononcé le 20 juin la remise en liberté provisoire de leur client suite au versement d’une caution de 150 millions de francs CFA (environ 228 000 euros).

(Avec AFP)

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