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Hailemariam Desalegn, le nouveau visage de l’Éthiopie

Par Jeune Afrique

Le nouveau Premier minsitre, Hailemariam Desalegn, a prêté serment le 21 septembre. © AFP

Comme prévu, Hailemariam Desalegn est devenu, vendredi 21 septembre, le nouveau Premier ministre éthiopien en prêtant serment devant le Parlement. Se positionnant en héritier de Mélès Zenawi, il entend poursuivre les travaux entamés par son prédécesseur.

En prêtant serment devant les députés de la Chambre des représentants du Peuple, réunis en session extraordinaire à Addis Abeba, Hailemariam Desalegn est officiellement devenu, vendredi 21 septembre, le nouveau Premier ministre éthiopien. Il succède à Mélès Zenawi, décédé mi-août après 21 ans au pouvoir.

« Moi, Hailemariam Desalegn, devant le Parlement, accepte d’être le Premier ministre d’Éthiopie », a prononcé solennellement le nouvel homme fort du pays, main sur la Bible. Les 385 députés présents (sur les 547 élus) ont adoubé l’homme âgé de 47 ans en l’applaudissant et faisant claquer leurs pupitres à la fin de la cérémonie. M. Hailemariam a ensuite nommé Demeke Mekonnen vice-Premier ministre. Les députés, en ne montrant aucun signe de mécontentent, ont entériné cette nomination.

Demeke s’est livré à son tour à l’exercice de la prestation de serment. Celui qui occupait jusque-là le poste de ministre de l’Éducation s’est engagé à « servir fidèlement le pays et le Premier ministre ».

Juste après la cérémonie, le nouveau chef de l’exécutif a effectué un discours de politique générale, au contenu assez vague. M. Hailemariam a assuré qu’il allait poursuivre l’œuvre menée par M. Mélès Zenawi en matière de « paix, démocratie et développement du pays ».

"Fils du peuple"

« Mélès se considérait comme le fils du peuple. Je poursuivrai l’héritage de Mélès sans aucun changement », a-t-il répété. Hailemariam a également promis qu’il mènerait à terme l’ambitieux Plan de croissance et de transformation. Il s’agit d’un plan quinquennal, lancé en 2010 par Mélès Zenawi et qui vise à faire de l’Éthiopie un pays à revenu intermédiaire d’ici à 2025.

Par ailleurs, le nouveau Premier ministre s’est engagé à renforcer « la démocratie et les droits de l’Homme », deux domaines dans lesquels le bilan de Mélès est vivement critiqué.

Mélès Zenawi, décédé en août dernier, a gouverné l’Éthiopie pendant 21 ans.

© AFP

L’EPRDF, antichambre du pouvoir

En réalité, l’élection de Hailemariam au poste de Premier de ministre n’était plus un suspense depuis samedi 15 septembre, lorsque la coalition au pouvoir, l’EPRDF (Front démocratique et révolutionnaire des peuples éthiopiens) l’avait élu à sa tête. La coalition est en effet hégémonique au sein du Parlement depuis les élections législatives de 2010 lors desquelles elle a obtenu 99,6% des voix. On ne dénombre qu’un député se revendiquant de l’opposition…

Sous Mélès, il était d’usage que le président de l’EPRDF occupe également le poste de Premier ministre. Mélès décédé, la pratique perdure, bien que certains observateurs en aient un temps douté.

Rupture générationnelle

L’EPRDF, coalition de partis, est l’héritier de l’ancienne rébellion conduite par Mélès Zenawi, qui s’est emparée du pouvoir en faisant chuter, en 1991, la junte militaire du Derg régentée par Mengistu Hailemariam. Avec l’accession au pouvoir de Hailemariam et Demeke, deux hommes relativement jeunes, arborant un profil d’intellectuels et qui n’ont pas participé à la lutte armée des années 1980, une rupture générationnelle est entérinée, aux dépens de la « vieille garde » qu’incarnaient Mélès et ses camarades.

Ingénieur de formation, Hailemariam a été conseiller puis, à partir de 2005, ministre de Mélès, dont il est le dauphin désigné depuis 2010 lorsqu’il est devenu vice-Premier ministre et vice-président de l’EPRDF, formation au fonctionnement très secret.

À ce titre, un diplomate occidental assure que l’arrivée au pouvoir de Hailemariam « entre dans le cadre d’un processus de succession préparé à l’avance par Mélès depuis deux ans ». Aux manettes à la fois de l’EPRDF et de l’exécutif, comme l’était Mélès en son temps, Hailemariam a « institutionnellement (…) désormais les pleins pouvoirs » en Éthiopie, ajoute le diplomate.

Minorités au sommet

Pour la première fois, l’Éthiopie va être dirigée par un homme qui n’est ni membre de la puissante minorité tigréenne du nord du pays, ni de religion orthodoxe. Hailemariam, que l’on disait très proche de Mélès, appartient à l’ethnie Wolayta, de confession protestante, qui vit dans le sud du pays.

Demeke, musulman diplômé de biologie, est pour sa part un Amhara, une ethnie à laquelle appartient un quart de la population du deuxième pays le plus peuplé d’Afrique après le Nigeria.

(Avec AFP)

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