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Côte d’Ivoire – Déchets toxiques : deux ONG réclament une enquête pénale au Royaume-Uni

Le cargo Probo Koala, à l'origine du scandale des déchets toxiques. © AFP

Les ONG Amnesty International et Greenpeace ont publié, mardi 25 septembre, un nouveau rapport sur le scandale des déchets toxiques à Abidjan. Elles demandent l'ouverture d'une enquête pénale au Royaume-Uni, pays dans lequel est basé le groupe de transport maritime Trafigura.

Nouveau rebondissement dans l’affaire des déchets toxiques. Dans un rapport intitulé « Une vérité toxique » rendu public mardi 25 septembre, Amnesty International et Greenpeace ont demandé l’ouverture d’une enquête pénale au Royaume-Uni sur le scandale des déchets toxiques à Abidjan.

Selon la justice ivoirienne, le déversement de résidus toxiques du cargo Probo Koala à Abidjan, en août 2006, avait causé la mort de 17 personnes et près de 100 000 intoxications. La multinationale de courtage pétrolier et transport maritime Trafigura, affréteur du navire, a toujours nié qu’il ait provoqué décès et maladies graves.

Dans leur rapport de plus de 250 pages, rédigé après trois années d’enquête, Amnesty International et Greenpeace ont étudié la succession tragique des défaillances à l’origine de ce désastre sanitaire, politique et environnemental. Pour les deux ONG, le Royaume-Uni doit ouvrir une enquête pénale sur le rôle joué par Trafigura dans le déversement, étant donné que la branche du groupe basée dans le pays a pris un grand nombre de décisions cruciales à l’origine du désastre.

Dans un premier temps, les déchets, générés par le lavage à la soude caustique de gros volumes de pétrole non raffiné, ont été acheminés aux Pays-Bas. Trafigura, estimant que le tarif demandé était trop élevé, a toutefois refusé qu’ils y soient traités. La compagnie a alors décidé de les expédier à Abidjan, sans traitement pour éliminer leur dangerosité, selon les deux ONG.

"Il n’est pas trop tard"

Amnesty International et Greenpeace dénoncent d’ailleurs le fait que les autorités néerlandaises ont laissé les déchets quitter le pays, en grave violation de leurs obligations juridiques. Un tribunal néerlandais a déclaré Trafigura coupable d’avoir exporté illégalement les déchets depuis les Pays-Bas. D’après le rapport, le parquet a cependant refusé de prendre en considération les événements qui se sont déroulés par la suite à Abidjan, tout comme leur impact sur la santé humaine.

« Les habitants d’Abidjan ont été trahis non seulement par leur propre gouvernement mais aussi par les gouvernements d’Europe qui n’ont pas appliqué le droit en vigueur dans leur pays », a dénoncé dans un communiqué Salil Shetty, secrétaire général d’Amnesty International.

« Il n’est pas trop tard pour que justice soit rendue, pour que des informations exhaustives sur la nature exacte des déchets déversés soient communiquées aux habitants d’Abidjan, et pour que Trafigura paie pour ses crimes. Ce n’est qu’alors que nous pourrons espérer que ce type de désastre ne se reproduira plus », a jugé Kumi Naidoo, directeur exécutif de Greenpeace International.

Trafigura conteste

De son côté, Trafigura a estimé que le rapport contient de nombreuses inexactitudes et informations fausses et qu’il simplifie à l’excès des questions juridiques complexes.

Le rapport met en doute le caractère légal d’un accord conclu en Côte d’Ivoire permettant à Trafigura d’échapper à toute poursuite judiciaire pour le rôle qu’elle a joué dans le déversement de déchets. Il demande aussi à la Côte d’Ivoire de veiller à ce que les victimes soient entièrement indemnisées, alors que la justice ivoirienne a confirmé que des fonds destinés aux victimes avaient été détournés.

Le rapport inclut aussi une série de recommandations pour éviter qu’un tel incident ne se reproduise.

(Avec AFP)

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