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Dix ans après le drame du « Joola », les transports sénégalais sont-ils sûrs ?

Par Jeune Afrique

Un des nombreux "cars rapides" circulant à Dakar. © AFP

Dix ans après le drame du Joola, le ferry qui a coulé au large des côtes gambiennes avec près de 2 000 passagers à bord (presque quatre fois sa capacité), les transports en commun sont toujours aussi bondés au Sénégal, et souvent dépourvus d'équipements de sécurité, sur terre comme sur mer. Les nouvelles autorités s’engagent à lutter contre un phénomène qui a déjà coûté des milliers de vies.

Samedi 23 septembre, à seulement trois jours de la commémoration du 10e anniversaire du bateau le Joola,  la presse annonçait le chavirement d’une pirogue sur le fleuve Casamance, à hauteur de la ville de Sédhiou (moyenne Casamance). Bilan : un mort. Les accidents qui surviennent sur le fleuve ou en mer sont fréquents au Sénégal et s’expliquent souvent par « l’absence d’équipement de sécurité adéquat [gilets de sauvetages, etc.] et l’imprudence des acteurs », indique le bulletin d’information du programme de gestion intégrée des ressources marines et côtière (Girmac).

Au total, 694 accidents ont été recensés en mer entre 2000 et 2010, faisant 314 morts selon le ministère de l’Économie maritime. Encore ce chiffre est-il, sans doute, en dessous de la réalité. D’autant qu’il ne prend pas en compte les milliers de personnes disparues en tentant de rejoindre l’Europe sur des embarcations de fortune, sans aucun équipement de sécurité à bord.

Imprudence et négligence

Mais l’imprudence et parfois même la négligence sont aussi manifestes dans les transports routiers. À Dakar, tout comme à l’intérieur du pays, les transports en commun de couleur jaune et bleu, communément appelé « cars rapides », et les autobus bondés de passagers, continuent de circuler. À force d’être banalisée, la surcharge s’impose comme une règle au Sénégal.

« Quand on est en retard, justifie Omar, un jeune étudiant, on est obligé d’embarquer dans un « car rapide » déjà plein. Il faut juste tenir debout le temps d’arriver à destination ». Quant aux conducteurs, ils expliquent le phénomène par une demande qui est largement supérieure à l’offre. « Nous sommes plus d’un million d’habitants à Dakar et, il n’y a pas assez de cars. C’est ça qui est à l’origine des surcharges », explique Issa Samb, un vieux chauffeur. 

Pourtant, au lendemain du naufrage du « Joola », l’ancien chef de l’État Sénégalais, Abdoulaye Wade, avait dénoncé avec vigueur « des habitudes de légèreté, de manque de sérieux, d’irresponsabilité, parfois de cupidité » des Sénégalais. Et ordonné le respect strict du code de la route pour les transports terrestres. Mais ces déclarations n’ont eu que peu d’effets. Pendant de grandes manifestations religieuses comme le Magal de Touba ou le Gamou de Tivaoune, on peut toujours apercevoir sur le toit des camions, autobus et « cars rapides », des centaines de jeunes passagers.

Informer, sensibiliser et sanctionner

D’après les statistiques officielles, près de 350 décès par an sont liés à un accident de la route. En cause : « les surcharges, l’excès de vitesse, l’incivisme, l’impunité. En gros le non-respect des dispositions du Code de la route », avoue le directeur des  transports terrestres, Dramé Seck.

Pour mettre un terme à ces manquements graves qui ont coûté la vie à des milliers de personnes, le nouvel exécutif a décidé de « sensibiliser, d’informer, et d’orienter les automobilistes », explique Mactar Faye, directeur exécutif de la nouvelle prévention routière. Mais ce n’est pas tout, puisque les « infractions seront sanctionnées par des amendes pécuniaires et pénales », annonce d’un ton ferme Dramé Seck qui a présidé, le mardi 25 septembre, la première journée de sensibilisation pour les usagers de la route contre les accidents de la circulation. Reste à savoir, aujourd’hui comme hier, s’il y aura un suivi dans la mise en œuvre de ces mesures.

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Par Nicolas Ly, à Dakar