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Tunisie : Ennahdha « responsable des agressions policières contre les femmes » ?

Par Jeune Afrique

Une jeune femme lors d'une manifestation à Tunis, en janvier dernier. © AFP

L’avocate d'une jeune femme violée par deux policiers soutient que le gouvernement tunisien est "responsable moralement et politiquement des agressions policières contre les femmes". Sa cliente, inculpée "d'atteinte à la pudeur", a quant à elle fait part de sa stupeur de se retrouver sur le banc des accusés, en compagnie de ses agresseurs.

Me Bouchra Belhaj Hmida n’y va pas par quatre chemins. « Le gouvernement tunisien dominé par les islamistes d’Ennahdha est responsable moralement et politiquement des agressions policières contre les femmes », a déclaré le 27 septembre cette avocate d’une jeune-femme violée par deux policiers, au début du mois.

Si « les violences policières ne sont pas organisées » poursuit-elle, « le discours du parti [Ennahdha] vis-à-vis des femmes a préparé le terrain. (…) Depuis le 23 octobre 2011 [et l’arrivée au pouvoir des islamistes], il y a plein d’affaires de harcèlement sexuel, moral et financier de la part des flics. Lorsqu’ils voient une femme moderne, une femme tunisienne, ils estiment être en droit de demander des comptes et des femmes victimes sont ensuite condamnées », s’est elle indignée.

"Position immorale"

En Tunisie, le scandale est énorme. Bien que les trois policiers impliqués dans l’agression – un agent qui retenait le fiancé de la victime et ses deux collègues, qui la violaient – aient été incarcérés, la jeune femme et son ami sont, eux aussi, poursuivis par la justice tunisienne, pour atteinte à la pudeur et voies de fait. Mercredi 26 septembre, plusieurs ONG ont dénoncé cette affaire de viol et ses prolongements judiciaires dans un communiqué. Le ministère de l’Intérieur affirme que le couple, qui encourt six mois de prison, a été surpris dans une voiture dans une « position immorale » par les forces de l’ordre, juste avant le viol.

Une confrontation entre la victime et les violeurs a eu lieu mercredi. Me Bouchra soutient que les échanges se sont « bien passés », sans s’étendre davantage, invoquant le secret de l’instruction. Le 2 octobre, le couple est à nouveau convoqué devant le juge d’instruction, afin d’être entendu.

"Je pensais être la victime, pas l’accusée."

Par ailleurs, la victime, qui souhaite rester anonyme, a raconté son viol, qui se serait accompagné d’une tentative d’extorsion de fonds visant son fiancé, au journal tunisien Al Chourouk.

« Je n’aurais jamais cru que j’allais être appelée au tribunal en tant qu’accusée. Je pensais être la victime, pas l’accusée », s’est-elle indignée. « Je ne vais pas renoncer [à ma plainte] après avoir été humiliée de cette façon, a toutefois assuré la jeune femme.

Elle se défend également de s’être trouvée dans une position compromettante avec son ami, dans leur voiture, lorsque les policiers ont fait irruption : « ce n’est pas vrai, quand ils sont venus, j’étais habillée », affirme-t-elle.

Harcèlement quotidien

Plusieurs ONG ont déjà dénoncé le comportement de la police à l’égard des femmes, qui seraient régulièrement harcelées pour leur tenue vestimentaire ou lors de leurs sorties nocturnes, depuis que les islamistes d’Ennahdha sont arrivés au pouvoir, il y a bientôt un an. De son côté, le ministère de l’Intérieur tente de minimiser ces agressions et assure qu’il ne s’agit que de cas isolés.

Ces affaires inquiètent les associations féministes alors que les Tunisiennes bénéficient du statut le plus moderne du monde arabe, depuis la promulgation du Code de statut personnel (CSP) en 1956, sous Bourguiba. Très progressiste, ce texte instaurait notamment l’égalité des sexes dans plusieurs domaines et proclamait l’interdiction de la polygamie et de la répudiation.

Ennahdha avait proposé d’inscrire dans la nouvelle Constitution la complémentarité des sexes en lieu et place de leur égalité. Cependant, devant le large mouvement de contestation provoqué par cette initiative, le parti islamiste a fait marche arrière, abandonnant définitivement le projet de texte, le 24 septembre.

(Avec AFP)

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