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Nigeria : lettre ouverte à Goodluck Jonathan, pour un moratoire sur les expulsions forcées

par Marcus George

Marcus George est président de "Concerned Citizens", une association luttant contre les expulsions forcées à Port-Harcourt, au Nigeria. À l'occasion de la Journée mondiale de l’habitat, il prend la parole au nom des milliers de victimes dont il défend les droits pour interpeller le président Goodluck Jonathan.

À l’attention de Monsieur Goodluck Jonathan, Président du Nigeria.

M. le Président,

Le 27 juin 2012, à Abonnema Wharf, à Port Harcourt, dans l’État de Rivers, des milliers de nigérians ont vu leurs maisons et moyens de subsistance détruits en toute illégalité et sans préavis, sous la supervision des troupes dont vous avez le commandement.

Beaucoup se trouvaient à leur travail, dans les ministères, dans les tribunaux, dans les écoles et les universités où ils étudient ou enseignent, dans leurs magasins ou leurs ateliers, lorsqu’ils ont été alertés que des bulldozers étaient en train de détruire leurs maisons. Sous une pluie battante, des milliers de personnes ont fouillé les décombres, à la recherche du peu d’effets personnels qu’ils pouvaient sauver.

Pourtant, la Constitution dont vous êtes le garant, M. le Président, statue qu’il est du devoir de l’État de « fournir un foyer durable et acceptable à tous les citoyens » [Section 16(1)(d)]. Un droit fondamental que le Nigeria est tenu de respecter également en tant que signataire de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples.

Je vous exhorte, M. le Président, à instaurer immédiatement un moratoire fédéral sur toutes les expulsions forcées de grande ampleur et sur les démolitions de bidonvilles. Je vous demande également d’initier une enquête publique indépendante sur la démolition d’Abonnema Wharf, les démolitions à Njemanze, le 28 août 2009, et les tirs des forces de sécurité à Bundu qui ont causé la mort d’au moins une personne et en ont blessé au moins 11 autres, le 12 octobre 2009.

Est-il acceptable que des personnes et des gouvernements étrangers soient davantage préoccupés par la détresse des pauvres de notre nation que ceux qui sont chargés de les protéger ?

Des milliers de Nigérians, dont les droits sont bafoués, ont également soutenu les demandes portées par cette lettre, et ont été rejoints par des milliers de personnes dans le monde*. Est-il acceptable que des personnes et des gouvernements étrangers soient davantage préoccupés par la détresse des pauvres de notre nation que ceux qui sont chargés de les protéger ?

M. le Président, nous voulons démontrer que dans une démocratie, nos représentants élus sont les serviteurs du peuple et doivent lui rendre véritablement des comptes. Nous chercherons à obtenir le respect de procédures régulières et l’état de droit au moyen de structures légales et institutionnelles et d’instruments accessibles à tous, riches et pauvres. Nous voulons que soit mise en œuvre l’obligation de rendre des comptes au moyen des instruments fournis par les organes et cadres régionaux et internationaux. Nous voulons manifester notre volonté dans les rues de Port Harcourt en exerçant nos droits constitutionnels à la liberté de mouvement, d’association et d’expression.

Le gouvernement de l’État de Rivers a affirmé que les démolitions vont dans le sens du « développement ». Tout le monde est en faveur du développement. Cela est d’autant plus vrai pour ceux qui vivent dans des logements de qualité inférieure à la norme et qui sont privés d’accès à l’eau potable, à un service fonctionnel d’électricité et aux infrastructures routières. Une question se pose alors : les bulldozers émancipent-ils les gens de la pauvreté ou les aggravent-ils encore plus leur situation ? Qui bénéficie de ce « développement », M. le Président, si ce ne sont pas les personnes dont les vies sont détruites en son nom ?

Nous sommes prêts à faire des sacrifices pour le bien commun, M. le Président. Mais nous aurons plus de chance de l’atteindre si notre gouvernement respecte ses propres lois et les droits fondamentaux de son propre peuple. Ainsi, nous demandons que soit mis un terme aux expulsions forcées et aux démolitions illégales. Nous nous battrons pour faire de Port Harcourt une ville pour tous ses citoyens. Et nous invitons les autorités nigérianes à nous rejoindre.

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* Lancée par Amnesty International, une pétition soutenant les victimes d’expulsions forcées à Port Harcourt a recueilli près de 10 000 signatures à ce jour.
 

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