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Théâtre – Conflit israélo-palestinien : « L’affiche », la limite de l’humanité

Photo de © Federico Ciminari

Le décor : une table, une vieille photocopieuse, des pneus, et un mur de béton. Les personnages : des Palestiniens et des Israéliens ordinaires. L'histoire : celle d'un imprimeur qui, habitué à produire ces affiches que l'on placarde sur les murs quand la violence du conflit israélo-palestinien fait une victime de plus, se retrouve contraint d'imprimer celle de son fils, mort par balles dans son camp de réfugiés. Voilà L'Affiche, création théâtrale de Philippe Ducros, présentée en avant-première aux Francophonies en Limousin, à Limoges (France), avant une tournée canadienne, du 19 février au 2 mars 2013.

Abondamment traité au cinéma, omniprésent dans les médias comme dans la littérature, éminemment polémique, le sujet est pour le moins risqué. Bien sûr, il serait possible de reprocher aux comédiens une tendance à surjouer et au metteur en scène une propension à accumuler les symboles. Défauts de jeunesse, sans doute. Il n’empêche : il y a des larmes dans la salle et, à plusieurs reprises, Philippe Ducros touche juste. Comme en cet instant fugace où, changeant de costume sur scène, l’acteur incarnant un barbier palestinien fanatique devient un rabbin tout aussi fanatique…

Avec un sens aigu de la mise en espace, Philippe Ducros – qui a séjourné à trois reprises en Palestine – décrit la violence psychologique qui, dans les deux camps, détruits inexorablement hommes et femmes. Sans possibilité de marche arrière, la mort du fils, Salem, conduit la sœur au terrorisme tandis que les doutes du meurtrier Itzhak entraînent sa fiancée vers une haine fanatique. Les justes – comme cette femme israélienne qui accepte que les organes de sa fille morte soient donnés à une Palestinienne, comme cet homme qui danse sur une table et oppose la fête, la musique et la bouffe au couvre-feu – restent inaudibles, leurs suppliques étouffées par le fracas des armes.

Mur des lamentations

Ce fracas, Philippe Ducros n’hésite pas à l’importer sur scène, restituant au plus près l’ambiance létale d’un checkpoint, la tension d’une perquisition menée par des colons en armes, l’enregistrement d’une vidéo avant un attentat suicide. Une pastèque violemment éclatée sur le sol signe en rouge sang le point ultime de la folie des hommes. Et le mur de béton est là, présence imposante, frontière infranchissable, réceptacle de toutes les images, parfois transformé en gigantesque écran de cinéma, parfois transformé en… mur des lamentations. Comme le hurle un personnage : « Ce mur, c’est la limite de l’humanité. » Philippe Ducros en fait trop ? Peut-être. Mais on le sait, la réalité est bien pire que ce qu’il donne à voir.

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Nicolas Michel, envoyé spécial à Limoges (France)
 

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