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Cherif Rahmani entend relancer l’industrie algérienne

Né en 1945 à Aïn Oussara, Cherif Rahmani devient ministre de l'Industrie en 2012. © Fanny/REA

L'implantation de Renault à Oran, c'est son boulot. La renationalisation du complexe sidérurgique d'El-Hadjar, c'est pour lui aussi. Cherif Rahmani, le ministre de l'Industrie, est une pièce maîtresse du gouvernement d'Abdelmalek Sellal.

Pas de vacances pour Cherif Rahmani. Entre les conseils au palais du gouvernement, les séances de travail avec son cabinet et les rencontres avec des investisseurs, le ministre algérien de l’Industrie, de la PME et de la Promotion de l’investissement a un agenda bien rempli. Depuis sa nomination en septembre 2012, le rythme n’a pas Cherif-Rahmani infobaissé. Et pour cause : « La relance de l’industrie en Algérie est une urgence », déclarait-il en janvier. Le secteur perd en effet du terrain. En 2012, il représentait moins de 5 % du PIB du pays, contre 7,5 % en 2000. À 68 ans, ce pilier du régime d’Abdelaziz Bouteflika, réputé proche de certains hauts gradés de l’armée et qui compte parmi les leaders du Rassemblement national démocratique (RND, l’un des partis de la coalition présidentielle) est au coeur des dossiers clés qui devront permettre d’inverser cette tendance.

Celui de l’implantation du constructeur automobile Renault dans la région d’Oran n’est pas le moindre. Ce projet de longue date devrait finalement se concrétiser à la fin de 2014, après l’accord conclu à l’occasion de la visite de François Hollande à Alger, en décembre. L’usine sera détenue à 51 % par l’État et à 49 % par le groupe français. Elle produira dès son ouverture 25 000 véhicules par an et passera progressivement à 75 000 unités. À la clé, plusieurs centaines d’emplois et, surtout, l’émergence d’un tissu de « cotraitants » locaux – un terme que Cherif Rahmani juge plus adéquat que celui de « sous-traitants ».

Indéboulonnable

Alors que des rumeurs d’un important remaniement ministériel circulent, Cherif Rahmani s’impose comme l’un des hommes clés du gouvernement d’Abdelmalek Sellal. Car outre le dossier Renault, c’est également lui qui pilote le projet de « renationalisation » du complexe sidérurgique d’El-Hadjar (550 km à l’est d’Alger), détenu à 70 % par Arcelor Mittal. L’enjeu est tout aussi important : alors que le chômage – notamment celui des jeunes – reste élevé, l’Algérie entend investir dans ce site pour relancer la production, préserver les 5 500 emplois qu’il compte et en créer de nouveaux. Il faut dire que depuis sa privatisation, en 2001, ce complexe a perdu plus de la moitié de ses emplois, les objectifs de production n’ont jamais été atteints et les outils productifs se sont détériorés par manque d’investissement. Or les besoins de l’Algérie en produits ou matériaux sidérurgiques sont énormes. Cherif Rahmani n’a donc pas droit à l’erreur.

Nous voulons créer un choc de confiance pour encourager les investisseurs.

Pour réussir, sa riche expérience au sein de différents gouvernements ne sera pas de trop. Indéboulonnable, ce diplômé de la première promotion de l’École nationale d’administration, à Alger, a occupé quasiment sans discontinuer différentes fonctions ministérielles depuis 1988 (Jeunesse et Sports, Équipement, Environnement, Tourisme…). Mais c’est surtout en tant que ministre gouverneur du Grand Alger (de 1997 à 2000) qu’il s’est définitivement bâti une notoriété et a étendu sa sphère d’influence… au risque de s’attirer les foudres du président. De fait, Abdelaziz Bouteflika en personne est monté au créneau, en 2000, pour critiquer sévèrement cet « État dans l’État » qui avait engagé des montants colossaux dans la célébration du millénaire d’Alger. Cherif Rahmani sera limogé dans la foulée avant d’être rappelé, quelques mois plus tard, au ministère de l’Aménagement du territoire.

Aujourd’hui, c’est à ce natif d’Aïn Oussara (200 km au sud d’Alger) que le gouvernement confie la mise en place d’une nouvelle politique industrielle… qui, pour le moment, reste abstraite. L’intéressé, lui, assure que son objectif est de favoriser « la création de nouvelles sources de richesses, en faisant appel au savoir-faire international pour localiser, ici en Algérie, des segments d’industrie afin de développer la qualité, l’innovation et la formation des jeunes ». Pour se démarquer de ses prédécesseurs et sortir des déclarations de bonnes intentions, cet ancien professeur à l’ENA d’Alger et à l’université de Poitiers (France) insiste sur le fait que sa politique tiendra compte, dans le détail, de « tout ce qui a été dit ou écrit en Algérie ces dernières années ». « Nous sommes passés d’un ministre austère à un ministre communicant qui cerne les enjeux », estime Slim Othmani, président de NCA-Rouiba (une société spécialisée dans les jus de fruits) et membre fondateur du Cercle d’action et de réflexion autour de l’entreprise.

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Doléance

Au-delà de l’industrie, c’est au développement de l’ensemble du tissu économique qu’il entend s’attaquer. Et notamment à l’amélioration du climat des affaires – la principale doléance des entrepreneurs locaux. Avec sa 152e place sur 185 dans le classement « Doing Business » 2013 établi par la Banque mondiale, l’Algérie fait pâle figure. La restriction de la liberté d’entreprendre et le manque d’incitations pour investir, cumulés aux lourdeurs administratives et à l’instabilité du cadre juridique, découragent les investisseurs nationaux et étrangers. Résultat : « Quelque 50 % des projets agréés par l’Agence nationale de développement de l’investissement depuis 2002 ont été abandonnés par leurs concepteurs », a récemment déploré le ministre.

En mars, Cherif Rahmani a instauré un comité pour rectifier cette mauvaise donne. Et pour donner un écho particulier à sa démarche, le Forum des chefs d’entreprise a été associé aux discussions. L’initiative a été saluée, mais les patrons attendent plus. « Ce n’est pas la volonté de changement qui manque, mais plutôt les capacités de réalisation concrètes sur le terrain », insiste Slim Othmani. « Nous voulons créer un véritable choc de confiance, notre but étant évidemment d’encourager les investisseurs », assurait Cherif Rahmani à Jeune Afrique en mai. Fin juin, il a présenté au gouvernement un rapport contenant 100 propositions pour libérer le monde des affaires. Pour l’heure, aucun détail n’a filtré sur ce document dont le contenu est en cours d’examen.

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