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En cas d’annexion de la Cisjordanie, une majorité des Juifs d’Israël se prononce pour l’apartheid

Plus de 340 000 Israéliens habitent dans des colonies en Cisjordanie occupée à 60%. © Gali Tibbon/AFP

Alors que l'idée d'un État binational unique progresse dans une frange de la classe politique israélienne, un sondage publié par "Haaretz" montre qu'en cas d'annexion d'une partie de la Cisjordanie par l'État d'Israël, ses ressortissants juifs seraient en faveur d'une politique discriminatoire à l'égard de leurs compatriotes arabes. En un mot : pour l'établissement d'un régime d'apartheid.

Autant le dire tout de suite : le sondage publié par le quotidien Haaretz, mardi 23 octobre, risque de déranger beaucoup de monde. Selon l’étude, réalisée en septembre dernier par l’Institut Dialog du professeur Camil Fuchs de l’Université de Tel-Aviv, avec une marge d’erreur de 4,4%, une grande majorité des Israéliens soutiendraient l’établissement d’un régime d’apartheid entre les Juifs et les Arabes, si tout ou partie de la Cisjordanie occupée par Tel Aviv était annexée.

De fait, parmi un échantillon représentatif constitué de 503 Juifs d’Israël, interrogés par téléphone, pas moins de 59% des sondés répondent que, en cas d’annexion, les emplois dans les ministères devraient être prioritairement réservés aux Juifs. Et à la question plus générale de savoir si l’État devrait traiter ses ressortissants juifs de façon préférentielle par rapport à ses ressortissants arabes, ils restent 49% à donner une réponse positive.

L’idée d’un État binational unique faisait partie des revendications de l’OLP jusqu’aux années 1980.

Le sondage prend d’autant plus de sens que, le processus de paix étant complètement bloqué, l’option d’une annexion par Israël de tout ou partie de la Cisjordanie – déjà contrôlée à 60% par l’État hébreu – gagne du terrain dans une frange minoritaire de la classe politique israélienne. L’idée d’un État binational unique faisait d’ailleurs partie des revendications de l’OLP jusqu’aux années 1980, avant que les Palestiniens ne se mettent à réclamer un territoire totalement indépendant – et qui paraît aujourd’hui hors d’atteinte.

Pas de cohabitation

Un État bi-national aurait cependant bien du mal à voir le jour : le sondage démontre que l’opinion ne pourrait le soutenir que s’il était assorti d’un strict apartheid – politiquement injustifiable vis-à-vis des partenaires d’Israël. Qu’on en juge : toujours selon le sondage, 42% des Juifs d’Israël ne veulent pas cohabiter avec des Arabes dans un même immeuble résidentiel, ou refusent que leurs enfants fréquentent les mêmes écoles que les Arabes. Ils sont encore plus nombreux (69%) à s’exprimer en faveur d’une loi qui interdirait aux quelque 2,5 millions de Palestiniens de Cisjordanie le droit de vote en Israël, en cas d’annexion de cette région.

Dernière leçon du sondage : quelque 74% des Juifs d’Israël souhaitent qu’Israéliens et Palestiniens empruntent des routes séparées en Cisjordanie occupée. Et avant même que la question d’une éventuelle annexion ne se pose, 47% des Juifs d’Israël sont favorables au transfert d’une partie de la population arabe d’Israël (1,3 million de personnes) vers les territoires contrôlés par l’Autorité palestinienne en Cisjordanie.

(Avec AFP)

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