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Cameroun : deux avocats défenseurs des droits des homosexuels menacés de mort

Par Jeune Afrique

Me Togué (à g.) et Me Nkom (à dr.) sont célèbres pour leur défense des droits humains. © DR

Michel Togué et Alice Nkom, avocats camerounais bien connus pour leur défense des droits des homosexuels, ont tous deux été récemment la cible de menaces de mort très sérieuses. Les ONG accusent les autorités camerounaises d’alimenter un climat d’homophobie et les exhortent à ouvrir une enquête au plus vite.

Comme d’autres de ses confrères avant lui, l’avocat camerounais Maître Michel Togué a reçu des « menaces de mort » pour sa défense des droits des homosexuels. « J’ai très peur pour ma famille et mes enfants. Depuis deux semaines, nous sommes victimes de menaces de mort de personnes inconnues », a confié Me Togué, le 25 octobre.

L’avocat a précisé que « ces menaces qui se font à travers des appels et des SMS ont, dans un premier temps, été envoyées à la directrice du collège de mon fils aîné, ensuite à mon épouse et après à moi-même ».

Dans un courrier électronique envoyé à une organisation de défense des droits humains, Me Togué a précisé que son épouse avait notamment reçu un appel sans équivoque dans lequel on lui demandait « lequel de ses enfants elle préférait sacrifier pour amener son mari à renoncer à la défense des personnes homosexuelles ». Bien informé, l’interlocuteur de la femme de l’avocat connaissait les noms de ses quatre enfants.

Me Togué a lui-même reçu le message suivant : « Choisis celui de tes enfants que nous allons transformer en pédé comme toi. Là, tu sauras ce que ça fait de les défendre. (…) Même l’intervention des pédés blancs ne les sauvera pas ». L’avocat a indiqué avoir déposé plainte à la police judiciaire.

Prison ferme

Deux jours plus tôt, le 23 octobre, Me Alice Nkom avait, elle aussi, affirmé recevoir des « menaces de mort » depuis le 18 octobre. Célèbre pour la défense des droits humains au Cameroun, l’avocate est l’une des rares personnalités à prendre ouvertement position en faveur des homosexuels. Dans le pays, les relations entre personnes de même sexe sont interdites et passibles de cinq ans de prison ferme.

À travers un communiqué, Human Rights Watch (HRW) a appelé les autorités camerounaises « à enquêter sans plus tarder sur les menaces visant deux éminents avocats qui représentent des clients accusés d’homosexualité ».

« Le gouvernement devrait dénoncer publiquement les menaces proférées contre les avocats de la défense et veiller à ce qu’ils bénéficient de toute la protection nécessaire »,  ajoute la déclaration. HRW remet également en cause la politique du gouvernement camerounais, accusé par l’ONG de « renforcer » le climat homophobe dans le pays.

La justice locale a prononcé des peines de prison à l’encontre de plusieurs homosexuels ces derniers mois. Le procès en appel de deux Camerounais, condamnés à cinq ans d’emprisonnement et détenus depuis novembre 2011, a été très médiatisé dans le pays, tout comme celui, en première instance, de deux femmes suspectées d’être lesbiennes. L’incarcération d’un Camerounais condamné à trois ans de prison pour homosexualité a également suscité un large écho médiatique.

(Avec AFP)

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