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Boniface Twagirimana : « Tout a été fait pour éloigner Victoire Ingabire de la scène politique » du Rwanda

Victoire Ingabire pourrait interjeter appel à la Cour suprême. © AFP

La Cour de justice de Kigali a condamné, mardi 30 octobre, l’opposante rwandaise Victoire Ingabire à huit ans de prison pour "conspiration contre les autorités par le terrorisme et la guerre" et "négation du génocide de 1994". Son parti politique, les Forces démocratiques unifiées (FDU, non reconnu au Rwanda), voit dans ce verdict un "arrangement politico-judiciaire destiné à empêcher son leader d’exercer librement ses activités politiques". Interview de Boniface Twagirimana, vice-président intérimaire des FDU.

Jeune Afrique : Après trois reports, le verdict dans le procès de Victoire Ingabire a finalement été prononcé. Elle a écopé de huit ans de prison ferme pour « conspiration contre les autorités par le terrorisme et la guerre » et « négation du génocide de 1994 ». Comment avez-vous accueilli cette décision ?

Boniface Twagirimana (en photo ci-contre) : La condamnation de Victoire Ingabire démontre que le gouvernement rwandais n’est toujours pas prêt à ouvrir l’espace politique. C’est un message d’intimidation que le gouvernement tente de lancer aux opposants. Tout a été concocté, arrangé pour éloigner notre leader de la scène politique de façon à ce qu’elle ne parvienne pas à se présenter aux élections passées et à venir. C’est un arrangement politico-judiciaire destiné à empêcher à notre leader d’exercer librement ses activités politiques.

La Cour a pourtant reconnu Victoire Ingabire coupable de tous les crimes lui qui lui étaient reprochés, à l’exception de celle relative à « la propagation de l’idéologie de génocide » ? Et ses quatre co-auteurs, condamnés eux-aussi, ont plaidé coupables après avoir reconnu avoir reçu de la part de Victoire Ingabire des sommes d’argent destinées à mettre sur pied un groupe armé pour attaquer le Rwanda…

Ces quatre hommes, anciens des Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR), rapatriés de la République démocratique du Congo à l’issue de l’opération Umoja Wetu [février 2009, NDLR], ont été instrumentalisés pour charger Victoire Ingabire. À ce jour, personne n’a pu nous montrer ne serait-ce que le territoire opérationnel de ces « Forces de coalition » qu’on accuse notre leader d’avoir voulu lancer contre le pouvoir.

Concernant les crimes retenus contre Victoire Ingabire, il est déplorable qu’à ce jour, au Rwanda, la justice puisse condamner une personne de négation de génocide parce qu’elle affirme que les membres de l’Armée patriotique rwandaise (APR) ont également commis des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité en 1994. Nous pensons que cette loi sur le négationnisme au Rwanda n’est qu’une barrière pour empêcher toute opinion contraire à la position du président Paul Kagame.

Victoire Ingabire exercera-t-elle un recours auprès de la Cour suprême de justice rwandaise ?

Victoire Ingabire ne croit pas à la justice rwandaise. Mais comme, avant de saisir les instances internationales [la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples, NDLR], il nous faut épuiser toutes les voies de recours internes, nous étudions avec les avocats la possibilité d’interjeter appel à la Cour suprême. Sans nous attendre à un quelconque revirement.

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Propos recueillis par Trésor Kibangula

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