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Cameroun : les avocats de Roger Mbédé espèrent la relaxe du chef d’homosexualité

Les avocats de Roger Mbédé avant l'audience du 21 novembre, à Yaoundé. © DR

Accusé du délit d'homosexualité passible de cinq ans d'emprisonnement, Roger Mbédé comparaissait en appel, mercredi 21 novembre à Yaoundé. Le jugement doit être rendu le 3 décembre.

Condamné à trois ans de prison ferme pour « homosexualité », le Camerounais Roger Mbédé, 32 ans, comparaissait en appel mercredi 21 novembre devant la chambre correctionnelle de Yaoundé. Mise en délibéré au 3 décembre 2012, l’affaire est suivie de près par l’Association camerounaise de défense des homosexuels, mais aussi par les organisations internationales de défense des droits humains, dont Human Rights Watch et Amnesty International. Pour représenter Roger Mbédé, trois défenseurs des droits des homosexuels : Mes Alice Nkom et Michel Togue, du Cameroun, accompagnés de Me Saskia Ditisheim, avocate au barreau de Genève et présidente d’Avocats Sans Frontières Suisse.

Le prévenu et ses avocats sont arrivés au tribunal encadrés par des gardes du corps, tant les menaces contre eux s’étaient multipliées ces derniers temps. Néanmoins, le temps d’une audience, ils se sont pris à espérer qu’on était peut-être arrivé à un tournant au Cameroun dans la lutte contre les lois réprimant l’homosexualité. Car contrairement aux autres comparutions, celle de mercredi s’est déroulée sans incident, devant un public moins hostile et plus attentif que d’habitude.

Menaces par SMS

Il n’empêche, les menaces ont ressurgi sitôt l’audience achevée, chacun des avocats recevant par SMS quelques amabilités. « Trouve aussi des gardes du corps à tes pédés et lesbiennes ; on va les tuer ! Vieille lesbienne ! » écrivait-on à Alice Nkom. À maître Michel Togué, entre autres messages : « Brillante prestation ce matin, monsieur le Pédé ! Enfin, nous avons les visages de ceux-là qui pensent que notre pays peut sombrer dans la perfidie et dans l’homosexualité […] » Quant à Roger Mbédé, dans la même soirée, son voisin de la cité universitaire était sérieusement tabassé par des inconnus qui ne lui ont rien volé. Simple coïncidence ? Lui estime que non, persuadé que c’est lui qui était visé.

Le procès a été noyé au milieu de multiples affaires plaidées le même jour : blessures légères, menaces sous condition, escroqueries en tout genre et pratiques de sorcellerie.

Le procès a été noyé au milieu de multiples affaires plaidées le même jour : blessures légères, menaces sous condition, escroqueries en tout genre et pratiques de sorcellerie. D’entrée de jeu, le procureur a pointé les nombreuses incohérences « embarrassantes » du dossier, en particulier l’absence de témoin à charge. En première instance, Roger Mbédé avait été condamné pour délit d’homosexualité sur la personne de Christophe Foendi, à qui il avait déclaré sa flamme dans trois SMS. Sauf que, dénoncé par le destinataire des missives, il avait été arrêté chez ce dernier, alors qu’ils discutaient tous les deux, habillés, dans le salon.

Une médiatisation qui dérange

Pour Me Saskia Ditisheim, devant « l’imbroglio judiciaire qui se profilait, le procureur aurait pu demander le retrait de l’accusation ». Il s’en est abstenu, déclarant simplement à la cour qu’il fallait appliquer la loi, avant de réclamer vingt minutes de réflexion, qui se sont transformées en heures, une affaire de vol de cabosses de cacao ayant suivie.

Les avocats continuent de croire à la future relaxe de leur client. L’embarras du procureur et la sérénité des débats en sont des signes, selon eux. « Le public commence à comprendre que certaines règles et conventions internationales doivent être appliquées. De plus, assure maître Saskia Ditisheim, la médiatisation internationale dérange. La justice camerounaise ne peut plus faire n’importe quoi. » Réponse le 3 décembre.

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