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Togo : décès en France du général Assani Tidjani, tombé en disgrâce

Assani Tidjani était l'un des hommes forts du régime du père de Faure Gnassingbé, Eyadéma. © AFP

Condamné à vingt ans de réclusion criminelle dans une affaire d’atteinte à la sûreté de l’État avec le demi-frère du président, Kpatcha Gnassingbé, et d’autres, le général Assani Tidjani s’est éteint dans la soirée du vendredi 7 décembre 2012, à Limoge, en France.

Le général togolais Assani Tidjani s’est éteint dans la soirée du vendredi 7 décembre 2012 à Limoge, en France, où il avait été transféré pour cause de grave maladie, probablement un cancer du foie. Autrefois « puissant » du temps de la dictature du père de Faure Gnassingbé, Eyadéma, le général « Adidas » – en référence aux trois larges cicatrices sur ses joues – s’était réfugié dans la religion musulmane. « Il passait des journées entières à égrener son chapelet », raconte un de ses proches qui a passé ses derniers moments avec lui.

Inculpé en septembre 2011 dans le complot d’avril 2009 imputé au député Kpatcha Gnassingbé, l’un des demi-frères du chef de l’État, il est arrêté le 22 juillet 2011. Au cours du procès qui s’ensuit, il est reconnu comme le concepteur de la tentative présumée de putsch contre Faure Gnassingbé, ce qu’il a toujours nié en bloc. Peine perdue : il sera condamné à vingt ans de réclusion criminelle. Entre temps, sa maladie prenait de plus en plus d’ampleur.

"Trahi, humilié"

« Il s’est laissé mourir. Il se sentait trahi, humilié, et traîné dans la boue. Il a estimé que son honneur avait été bafoué et a donc émis le vœu, dans son testament, d’être enterré au Nigeria » le pays dont il était originaire, raconte un proche.

Sa chute fut brutale. Chef d’état-major des Forces armées togolaises (FAT) puis ministre de la Défense et des Anciens combattants, il fut l’un des hauts gradés les plus craints et les plus écoutés par le pouvoir. Signe de son importance, il était d’ailleurs le « représentant » du général Eyadéma auprès des parties en conflit lors de la crise ivoirienne, en 2002.

À la mort d’Eyadéma, Tidjani fait partie des généraux qui portent au pouvoir le fils de l’ancien président, Faure Gnassingbé, en février 2005.

À la mort d’Eyadéma, Tidjani fait partie des généraux qui portent au pouvoir le fils de l’ancien président, Faure Gnassingbé, en février 2005. Il est pointé du doigt par les associations des droits de l’homme dans la sanglante répression des manifestations après la présidentielle du 24 avril 2005. Il use de son influence pour convaincre l’ancien président nigérian, Olesegun Obasanjo, mais aussi le Français Jacques Chirac, de soutenir la « victoire » de Gnassingbé à l’élection.

"Faire échec à Faure"

Mais très vite, il sera lâché par le cercle très fermé de Faure. On lui reprochait son opposition au projet du jeune président de dissoudre le Rassemblement du peuple togolais (RPT) pour le remplacer par l’Union pour la République (Unir). Selon une source proche du parti, Tidjani aurait souvent affirmé que « si Faure se permettait le luxe de créer son parti, eux les barons, s’organiseraient pour faire échec à son projet et faire renaître le RPT de ses cendres. Ce qui aurait sans doute déplu au président », glisse la même source.

De là commence la traversée du désert de cet ancien élève de Saint-Cyr, très proche du Quai d’Orsay et des Forces Nouvelles (FN) ivoiriennes, dont il était l’un des encadreurs. C’est justement en Côte d’Ivoire où il se « reposait après une opération chirurgicale », en 2011, qu’il a été sommé par la présidence de Lomé de rentrer pour l’affaire qui mènera à sa condamnation. Paris et Abidjan avait ensuite fait pression pour qu’il puisse être transféré en France afin d’y subir des soins.

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