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São Tomé et Principe : entre Trovoada et Pinto da Costa, le bras de fer se poursuit

Le chef de l'État, Pinto da Costa (à g.) et le Premier ministre, Patrice Trovoada. © AFP

Le vote controversé d’une motion de censure contre le gouvernement de Patrice Trovoada replonge São Tomé et Principe dans une crise politique dont le pays n’a pas les moyens.

Depuis le 29 novembre, São Tomé et Principe vit sous tension. En cause, la motion de censure qui a renversé le gouvernement. Alors que le Premier ministre, Patrice Trovoada, exige des élections anticipées, le chef de l’État, Pinto da Costa, ne veut rien entendre.

À São Tomé et Principe, les crises institutionnelles ne sont pas une exception. Elles sont dues généralement au fait que le régime politique est semi-présidentiel, de tendance parlementaire. Le système électoral, à la proportionnelle, ne permet pas toujours aux partis d’avoir des majorités confortables. Aux dernières élections législatives, organisées en 2010, l’Action démocratique indépendante (ADI), de Patrice Trovoada, a obtenu 26 sièges sur 55. L’année suivante, le candidat du Mouvement de libération de São Tomé et Principe/Parti social démocratique (MLSTP/PSD), Manuel Pinto da Costa, qui avait dirigé le pays de 1975 à 1990 à l’époque du monopartisme, a été élu président.

"Coup d’État parlementaire"

Entre le Premier ministre, qui détient l’essentiel des prérogatives constitutionnelles, et le chef de l’État, la cordialité est de façade. « Le président n’a fait qu’ignorer la Constitution en fonctionnant avec une logique de parti unique. J’ai dû faire preuve de beaucoup d’habileté pour éviter les conflits », affirme à Jeune Afrique Patrice Trovoada. Mais, à la fin du mois de novembre, une crise est née à la suite d’une motion de censure contre le gouvernement lancée par le parti présidentiel.

Problème : les députés de la majorité ainsi que les membres du cabinet de Patrice Trovoada n’ont pas participé à la séance. Pour le Premier ministre, « tout cela est illégal. C’est un coup d’État parlementaire ». Le 4 décembre, Manuel Pinto da Costa signe un décret destituant Trovoada et son gouvernement. En prenant toutefois la précaution de demander à l’ADI de désigner un autre représentant dans les 24 heures. Mais, pour le parti majoritaire, c’était Trovoada ou rien.

Pression populaire

Malgré des manifestations en faveur du Premier ministre déchu dans les rues de São Tomé, la capitale, Manuel Pinto da Costa semble ne pas vouloir faire marche arrière. Même la perspective d’élections anticipées, qui permettrait d’avoir une nouvelle majorité légitime, semble lointaine. Cette énième crise risque de replonger le pays dans une période d’incertitude. Sans ressources naturelles à l’instar de ses voisins, São Tomé s’en sort tant bien que mal grâce à l’aide extérieure (elle contribue à 93 % à la constitution de son budget).

« En vingt-huit mois, nous avons réalisé des progrès en termes de réduction de l’indice de pauvreté, d’amélioration du climat des affaires et de la gouvernance, sans oublier les bonnes relations avec les bailleurs de fonds. Ceux qui nous combattent ne cherchent qu’à se remplir les poches », souligne Patrice Trovoada. Son seul espoir : la pression populaire et la condamnation de la communauté internationale.

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