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Pollution du delta du Niger : Shell devra payer mais n’est pas responsable

Un pêcheur nigérian montre les effets de la pollution dans le delta du Niger. © Marten van Dijl/Milieudefensie

C’est historique. Pour la première fois, la multinationale Shell a été condamnée, mercredi 30 janvier, à verser des indemnités à des pêcheurs nigérians du Delta du Niger. Ceux-ci accusaient la société anglo-néerlandaise d’avoir provoqué la pollution de leur environnement. Ils n’ont pourtant pas totalement obtenu gain de cause : pour le tribunal néerlandais, le pétrolier n’est pas responsable de la situation. Explications.

Le verdict peut laisser perplexe. Mercredi 30 janvier, un tribunal a condamné Shell à verser des indemnités aux pécheurs nigérians qui l’accusaient d’être responsable de la pollution de leur habitat, dans le Delta du Niger. Une victoire importante pour les plaignants du village de Ikot Ada Udo, victimes de fuites dans un oléoduc en 2006 et 2007. Celles-ci étaient, selon le tribunal, dues à des sabotages liés au vol de pétrole, mais Shell Nigeria aurait dû prendre des mesures pour les empêcher.

Cependant, Shell n’est pas pour autant jugée responsable. « Toutes les requêtes dans les quatre autres affaires sont rejetées », notamment celles concernant les villages de Goi et Oruma, a expliqué le juge Henk Wien, avant de poursuivre : « Au regard de la loi nigériane, la société-mère n’est en principe pas obligée d’empêcher ses filiales de faire du tort à des tiers ».

Lire notre article sur la situation dans le delta du Niger > Pollution : les pêcheurs nigérians et Shell, un remake de David contre Goliath

Soixante ans de marées noires

Chaque partie est donc libre de revendiquer un jugement favorable, Shell n’étant pas mis directement en cause et les pêcheurs nigérians obtenant des indemnités, au montant indéterminé, afin de procéder à la dépollution de leur habitat. « Ce verdict est une excellente nouvelle pour les habitants de Ikot Ada Udo », estime ainsi, Geert Ritsema, représentant de l’ONG Milieudefensie, qui soutenait les plaignants dans cette affaire.

L’ONG a cependant décidé de faire appel afin d’obtenir des indemnités dans les autres affaires et de forcer le tribunal à aller plus loin dans la reconnaissance de la responsabilité de Shell. « Apparemment, la justice autorise une compagnie à empocher des profits depuis une filiale étrangère sans être tenue responsable des dommages causés par l’activité », explique Geert Ritsema.

Huitième exportateur de pétrole au monde, le pétrolier anglo-néerlandais est le premier producteur d’Afrique subsaharienne, avec plus de 2 millions de barils par jour. Selon les ONG de défense de l’environnement, des dizaines de millions de barrils auraient déjà souillé le delta.

Par Mathieu Olivier (@MathieuOlivier)


©Marten van Dijl/Milieudefensie

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