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Algérie : Belkhadem destitué de son poste de secrétaire général du FLN

Belkhadem faisait face à trois grands courants au sein du FLN. © AFP

C'est une demi-surprise : Abdelaziz Belkhadem, le secrétaire général du Front de libération nationale (FLN) au pouvoir en Algérie, n'a pas remporté le vote de confiance qu'il avait sollicité à la réunion du comité central du parti, jeudi 31 janvier. Il se trouve donc relevé de ses fonctions mais le nom de son successeur n'est pas encore connu.

Mis à jour à 18h28.

Il a joué mais il a perdu. Le secrétaire général du Front de libération nationale (FLN), Abdelaziz Belkhadem, a été destitué de son poste dans l’après-midi du jeudi 31 janvier à l’issue de la réunion du Comité central (CC) du parti. Réuni en session à l’hôtel Riad de Sidi Fredj (20 km à l’ouest d’Alger), celui-ci a décidé du retrait de confiance à M. Belkhadem, à la tête du parti depuis 2005.

À l’issue de ce vote qui s’est déroulé sous très haute sécurité, 160 membres du Comité central ont voté en faveur du retrait de confiance à Belkhadem, 156 pour son maintien tandis que sept bulletins ont été déclarés nuls. Le conclave prévu pour trois jours devait se poursuivre dans la soirée de jeudi pour décider de la succession de Belkhadem. Deux options se dégagent pour l’heure au sein des participants : l’élection d’un nouveau secrétaire général par intérim ou la désignation d’une direction collégiale qui dirigera le FLN jusqu’à la tête du prochain congrès.

Selon nos informations, l’ancien ministre, cador du FLN et homme de consensus, Abderrezak Bouhara, 79 ans, tient la corde pour succéder à Belkhadem, porté à la tête du FLN à l’issue d’un mouvement de redressement qui avait écarté Ali Benflis en 2003. À 68 ans, Belkhadem quitte donc ses fonctions comme il y était rentré : à la suite d’une fronde menée de l’intérieur du parti.

Pouvoir de l’argent

Objet d’une contestation depuis plus de deux ans, cet ancien instituteur d’arabe qui a occupé de hautes fonctions dans l’appareil d’État – ministre des Affaires étrangères (2000-2005), chef du gouvernement (2006-2008) – a refusé d’abdiquer devant ses détracteurs faisant ainsi valoir la confiance du chef de l’État qui l’avait placé à ce poste en 2005.

Longtemps considéré comme un proche de Bouteflika, Belkhadem a commencé à faire face à une dissidence dès qu’il a annoncé son intention de se porter candidat à l’investiture du FLN pour la présidentielle de 2014. Plusieurs voix parmi les plus influentes du parti ont fait part de leur refus d’un tel scénario. Ses détracteurs lui reprochaient d’avoir truandé les instances du parti en y plaçant ses hommes de main, d’avoir soumis le FLN au pouvoir de l’argent et de transformer celui-ci en zaouia (institution coranique). En fait, Belkhadem faisait face à trois grands courants.

Nationalisme contre fondamentalisme

Le premier se réclame d’Ali Benflis, prédécesseur de Belkhadem, tombé en disgrâce pour s’être présenté en 2004 contre Bouteflika. À sa tête : Abdelkrim Abada. D’autres reprochaient aussi à l’actuel secrétaire général des velléités « d’islamisation du FLN ».

« Pour réaliser ses objectifs, affirmait Abdelaziz Ziari, ministre de la Santé et membre du Bureau politique, Belkhadem est prêt à sacrifier la ligne nationaliste de notre parti au profit du fondamentalisme. » Mais Ziari n’était pas le seul ministre à être entré en rébellion contre Belkhadem. Sept autres membres de l’équipe d’Abdelmalek Sellal, dont le discret mais fort influent Abdelkader Messahel, ministre délégué aux Affaires maghrébines et africaines, ont officiellement demandé à Belkhadem de quitter la direction du parti, le 9 janvier. Ce deuxième courant était emmené par Amar Tou, ministre des Transport.

Lâchage de Bouteflika ?

Les vents avaient cependant déjà commencé à tourner contre Belkhadem en septembre 20012, lors du remaniement ministériel au cours duquel il avait perdu son portefeuille de représentant du président de la République. Tout le monde avait alors compris que le président Bouteflika ne le soutenait plus. Du moins qu’il ne le protégeait plus. 

Quant au troisième courant à exiger la tête du secrétaire général, il était piloté par Amar Saïdani, ancien président de l’Assemblée populaire nationale (APN, chambre basse du parlement). Il dénonçait surtout le « clientélisme et la gestion familiale du parti » par Belkhadem.

Pour arriver à leur fin, ces trois courants aux intérêts divergents se sont alliés et ont créé le Mouvement pour l’authenticité et le redressement du FLN, mouvement qui assure avoir eu la bénédiction de la majorité du Comité central – ce que contestait Belkhadem. La vérité des urnes leur a donné raison. Belkhadem peut désormais mettre une croix sur ses ambitions présidentielles, lui qui n’a jamais fait mystère de son intention de succéder à Bouteflika. 

 

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