Guinée-Bissau : Indjai, chef d’état-major des armées, inculpé de narcoterrorisme aux États-Unis

Le filet se ressere autour du llieutenant-général bissau-guinéen Indjai. © AFP

Le chef d'état-major des armées de Guinée-Bissau, Antonio Indjai, a été inculpé aux États-Unis, le 18 avril, pour complot de narcoterrorisme avec les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), a annoncé le procureur de Manhattan. Un autre officier bissau-guinéen, José Américo Bubo Na Tchuto, et deux co-accusés sont également poursuivis pour trafic de drogue.

L’inculpation d’Antonio Indjai, chef d’état-major des armées de Guinée-Bissau, toujours en fonction dans son pays, intervient après l’arrestation au Cap-Vert et l’incarcération le 5 avril à New York de l’ancien chef de la Marine de Guinée-Bissau, José Américo Bubo Na Tchuto, pour trafic de drogue.

Selon l’acte d’accusation, Antonio Indjai, qui aurait participé au coup d’État de 2012 en Guinée-Bissau, est inculpé de soutien aux Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), désignées comme une organisation terroriste par les États-Unis depuis 1997. L’accusation de narcoterrorisme autorise la justice américaine à ordonner l’arrestation d’une personne en dehors des frontières américaines, en coopération avec d’autres autorités.

Missiles sol-air

Le procureur new-yorkais Preet Bharara reproche à Antonio Indjai d’avoir comploté, depuis sa position à la tête de l’armée de Guinée-Bissau, afin de jouer un rôle d’intermédiaire dans le trafic et de faire de son pays une gare de transit pour des individus qu’il savait liés à des terroristes et des narco-trafiquants. Les charges pour lesquelles il est inculpé – complot de narco-terrorisme, complot de distribution de plus de 5 kilos de cocaïne, avec l’intention ou la connaissance que celle-ci serait importée aux États-Unis, complot de soutien matériel à une organisation terroriste et complot d’acquisition et de transfert de missiles sol-air -, lui font encourir la prison à perpétuité.

Les preuves dont bénéficient la justice américaine semblent accablantes. Lors de rencontres, en juin 2012, scrupuleusement observées par des agents infiltrés de la DEA qui bénéficient d’enregistrements, Indjai et ses complices, arrêtés et incarcérés aux États-Unis début avril (dont Bubo Na Tchuto), ont accepté de recevoir de la cocaïne en Guinée-Bissau, de la stocker en attendant qu’elle soit transportée aux États-Unis pour y être vendue au bénéfice des FARC. Ils auraient également arrangé l’achat d’armes pour les FARC, dont des missiles sol-air, en les important au nom de l’armée de Guinée-Bissau, avec l’intention de les fournir aux FARC.

Une histoire qui rappelle celle, plus modeste, de trois Maliens tombés le 15 décembre 2009 dans une opération d’infiltration similaire. Appréhendés à Accra, au Ghana, puis extradés dans la foulée aux États-Unis, à New York précisément, à la suite d’une enquête de l’Agence américaine anti-drogue (Drug Enforcement Administration, DEA) ; les trois inculpés (Harouna Touré, Idriss Abelrahman et Oumar Issa), se vantaient en outre (à tort) d’être membres d’Al-Qaïda…

La DEA à la barre

Indjai est déjà frappé d’une interdiction de voyager émise par l’ONU depuis le coup d’État, ce qui devrait rendre son arrestation plus difficile pour les États-Unis.

Son compatriote José Américo Bubo Na Tchuto et deux co-accusés ont été traduits le 5 avril devant un juge de New York. Ils sont accusés d’avoir participé à un vaste réseau international de trafic de drogue trouvant son origine en Amérique latine. Ils recevaient des tonnes de cocaïne, les transportaient en bateau d’Amérique du Sud vers la Guinée-Bissau, et l’entreposaient dans le pays avant son envoi vers d’autres destinations, dont les États-Unis, selon l’accusation. Bubo Na Tchuto avait été arrêté au Cap-Vert grâce à une opération menée sous couverture par des membres de la DEA.

(Avec AFP)