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Boukary Daou, journaliste malien : « Je suis de nouveau un homme libre »

Le journaliste malien Boukary Daou. © Boukary Daou/Facebook

Arrêté pour avoir publié une lettre d’un groupe de soldats dénonçant les avantages accordés au capitaine Sanogo, le directeur de publication du journal privé "Le Républicain", Boukary Daou, a été jugé et libéré le 30 avril. Après 28 jours de détention illégale. Il compte désormais déposer plainte contre ceux qui l’on arrêté. Interview.

Jeune Afrique : Comment expliquez-vous la soudaine annulation de la procédure engagée contre vous ?

Boukary Daou : Le juge a estimé que les exceptions émises par la défense étaient recevables, à savoir le défaut de citation. Le droit de la presse précise que le journaliste, lorsqu’il est poursuivi en justice, doit recevoir une citation du parquet indiquant les fautes qui lui sont reprochées. Ce qui n’a pas été mon cas. Cette citation manquant à mon dossier, je n’ai jamais su de quoi j’étais officiellement accusé, et je n’ai donc jamais pu préparer ma défense. Les avocats ont joué cette carte et demandé l’annulation de la procédure engagée contre moi.

>> À lire sur le même sujet : "La presse malienne au garde-à-vous"

Comptez-vous déposer plainte ?

J’ai été vilipendé, humilié et sali dans mon honneur. C’est vrai que le tribunal m’a blanchi, mais j’ai subi des préjudices. Il y a eu une arrestation, une séquestration, et une incarcération arbitraires car je n’ai pas été entendu par le procureur avant d’être déféré à la prison centrale. Pour toutes ces violations, mes avocats et moi étudions le dossier pour voir s’il faut déposer la plainte contre l’État malien, contre le directeur de la Sécurité d’État (SE), ou contre la structure même de la SE. Et après il s’agit de savoir où est-ce qu’il faut déposer cette plainte, devant les tribunaux au Mali ou devant une juridiction internationale. Cette affaire dépasse le cas particulier de ma personne et est devenu celui de la presse malienne toute entière.

Le simple fait de priver un homme de sa liberté constitue une torture morale.

Comment se sont passées vos nuits en détention dans les locaux de la SE ?

Le simple fait de priver un homme de sa liberté constitue une torture morale. Pour les besoins de la constitution du dossier de la plainte, je ne peux pas rentrer dans les détails, mais il y a eu pire que ça.

Pouvez-vous nous en dire plus au sujet de la publication de la lettre qui a conduit à votre arrestation ?

Cette lettre qui m’a été adressée, je l’ai publiée parce que j’ai estimé qu’elle contenait des informations de nature à intéresser mes lecteurs. Ensuite mon refus catégorique de livrer ma source a conduit à ma détention.

Quel sentiment vous anime après votre libération ?

Je suis de nouveau un homme libre qui va reprendre sa plume. J’ai connu ceux qui sont à la SE, eux aussi m’ont connu. Je n’ai aucune crainte, je suis dans mon pays et j’exercerai librement ma profession comme je l’ai toujours fait. Nous devons cependant être vigilants, car dans cette affaire, on s’est attaqué à un principe constitutionnel.

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Propos recueillis par Baba Ahmed, à Bamako

 

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