Politique

Côte d’Ivoire : internet aussi a élu son maire

Les résultats de l'élection du maire du web ivoirien. © DR

C’est une première mondiale. Alors que s’achevaient, dans la douleur, les élections locales ivoiriennes, la webosphère du pays votait tranquillement, le 26 avril, pour son représentant. Et c’est Emmanuel Assouan, graphiste et chercheur en sécurité informatique, qui a été choisi pour devenir le premier maire de l’Internet ivoirien. Tout un symbole pour une communauté qui fait avancer la Côte d’Ivoire.

On est bien loin de la foire d’empoigne qui a caractérisé les élections locales ivoiriennes, le 21 avril. Ici, l’élection s’est déroulée dans le plus grand calme. Il faut dire que le nombre restreint de candidats au poste de maire du web ivoirien – douze – et celui des votants – quelques centaines – limitaient les risques de débordements. Il n’en reste pas moins que l’initiative a été une grande première, non seulement en Côte d’Ivoire, mais dans le monde entier.

« "Commune" à la forte population, le web ivoirien ne compte pas rester à la marge des élections. Le web doit avoir son maire », expliquaient les organisateurs du scrutin, responsables des agences de communication Impulsion Web Agency et Caric-Actu. L’idée : offrir à « tout utilisateur d’internet ivoirien ou vivant en Côte d’Ivoire », la possibilité d’élire son représentant et ses quatre conseillers.

"Internet, une Formule 1"

Avec plus de 25% des suffrages validés, c’est le natif de Grand Bassam, Emmanuel Assouan, qui a remporté le fauteuil virtuel. Diplômé en 2011 de l’université d’Abidjan, parlant anglais, allemand et français, il est aujourd’hui graphiste et chercheur en sécurité informatique au sein de la société M@nuel..Prod, où il travaille depuis octobre 2010.

Ambitieux, il a notamment fait campagne autour de la volonté de faire « du web ivoirien un eldorado pour tous les internautes d’ici et d’ailleurs ». Internet, qu’il voit comme une « Formule 1 », « rapide, dangereuse, capricieuse » et qu’il prévoit d’assainir et de développer en six points :

•    Faciliter le dialogue entre webmaster et hacker.

•    Sensibiliser les développeurs pour un code sûr à 99.99%.

•    Encadrer et encourager les « web-marketeurs ».

•    Faire connaitre le code de bonne conduite sur internet afin d’éviter des désagréments.

•    Dialoguer avec les opérateurs et les fournisseurs d’accès à internet, pour une meilleure qualité de service à moindre coût.

•    Encourager le partage de connaissances.

Une équipe connue

Restait à réunir le conseil municipal pour appliquer ce programme. Les personnalités qui le composent n’ont plus grand-chose à prouver. La première d’entre elles : Edith Brou. Community Manager, blogueuse, co-fondatrice du premier webzine féminin ivoirien Ayana Webzine, cette passionnée est la figure féminine du web ivoirien. Avec son slogan audacieux – « Résorber le chômage des jeunes ivoiriens par les technologies web et mobile » – , un programme résolument tourné vers l’éducation aux technologies d’Internet et sa volonté de voir émerger un technopôle à Abidjan, elle avait terminé à la seconde place de l’élection, avec près de 20% des voix.

Suivent ensuite Yorobi Bacely, développeur web et infographiste, Marc-Antoine Hodonou, social media manager et ingénieur informatique, et Alain Botinhi monteur et infographiste ivoirien, qui complétent la fine équipe.


©DR

Reconstruire par le numérique ?

Même si le nombre de votants ne s’est élevé, pour cette première élection, qu’à quelques centaines de personnes, rien ne présage de l’échec de l’initiative. La blogosphère ivoirienne reste en effet l’une des plus actives du continent, notamment sur Twitter. En témoignent l’émulation autour des hashtags #ci225 ou encore #kpakpatoya.

Et si la Côte d’Ivoire est sur la voie de la reconstruction, la communauté de blogueurs du pays compte y apporter une contribution plus que symbolique. Elle pourrait même, à terme, être un atout de poids pour l’image du secteur numérique du pays vis à vis d’invetisseurs étrangers. Un message qui est apparemment bien passé au ministère des Postes et des Technologies de l’information et de la communication (TIC).

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Par Mathieu Olivier

Emmanuel Assouan : "Je compte bien aider le web ivoirien à promouvoir la réconciliation"

Jeune Afrique : Pourquoi avoir été candidat à cette élection ?

Emmanuel Assouan : Pour apporter mon expertise et mon expérience. Je voudrais donner à mon pays un web sain, sûr et riche en contenu. J’ai construit mon parcours professionnel dans le milieu de la sécurité informatique afin d’aider le pays à sortir de la liste noire en termes de cybercriminalité. Ces municipales du web sont une aubaine pour mieux asseoir le travail déjà commencé et pour réunir plusieurs communautés d’acteurs issues de plusieurs secteurs d’activité.

Qu’espérez-vous apporter à la webosphère ivoirienne ?

Ce qui est important, c’est de construire un web ivoirien plus sain, plus sûr et plus riche, en collaboration avec chaque internaute. Ma première mesure sera de réunir chacun d’entre eux au sein d’une même communauté pour améliorer l’encadrement et le suivi grâce aux échanges entre ses différents membres.

Internet est-il selon vous une des clés de la réconciliation et de l’essor de la Côte d’ivoire ?

Oui, le web va faciliter cette réconciliation. Tout s’y règle plus vite, il n’y ni barrière, ni procédure pour rencontrer quelqu’un ou discuter avec lui, que ce soit un président ou une idole. Internet est un outil qui a amélioré la communication de façon conséquente, mais il s’est transformé en une technologie omniprésente qui soutient tous les secteurs de l’économie. Le web intervient désormais dans différents axes de développement de notre pays. Il favorise la formation, l’éducation, l’accès à l’information, l’ouverture au monde… Tous ces facteurs montrent le rôle important de l’internet dans l’essor d’un pays. Je compte bien aider le web ivoirien à participer à cet essor et à promouvoir la réconciliation.

Propos recueillis par Mathieu Olivier

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