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Sénégal – Tchad : le procureur général veut requérir le placement en détention contre Hissène Habré

Hissène Habré est soupçonné de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité. © AFP

Lors d'une conférence de presse à Dakar, lundi 1er juillet après-midi, le procureur général Mbacké Fall a annoncé qu'il entendait requérir le placement en détention de l'ancien président tchadien Hissène Habré.

Lundi après-midi, au siège des chambres africaines extraordinaires en charge de la procédure ouverte au Sénégal contre Hissène Habré, le procureur général Mbacké Fall, encadré par ses trois procureurs adjoints, faisait face à la presse sénégalaise et internationale. La veille, à sa demande, l’ancien chef de l’État tchadien avait été interpellé à l’un de ses deux domiciles, situé dans le quartier des Almadies, avant d’être placé en garde à vue à la Direction des investigations criminelles (DIC). Une arrestation qui a donné lieu à de vivres protestations de la part des avocats de Hissène Habré, lesquels n’ont pas hésité à qualifier de « kidnapping » cette interpellation dominicale, 23 ans après l’installation de leur client dans la capitale sénégalaise.

Depuis l’inauguration des chambres africaines extraordinaires en février dernier, les magistrats du Parquet sénégalais siégeant dans cette juridiction ad hoc ont procédé à une enquête préliminaire sur les faits couvrant la période 1982-1990. Après avoir consulté divers éléments documentaires, dont les rapports d’Amnesty International et de Human Rights Watch, et avoir effectué un premier voyage en Belgique, pays saisi du cas Habré dès 2000, le procureur général et son équipe se sont rendus à N’Djamena pour y poursuivre leur enquête pendant une semaine.

"Indices graves et concordants"

Après avoir visité les lieux de détention où étaient confinés à l’époque les prisonniers politiques du régime et s’être entretenus avec divers témoins, les magistrats ont estimé disposer de suffisamment d’éléments pour requérir l’inculpation de Hissène Habré et de cinq autres responsables de l’appareil répressif tchadien de l’époque, dont Guihini Korei, ancien directeur de la Direction de la documentation et de la sécurité (DDS), la police politique du régime, ou Mahamat Djibrine dit « El Djonto », soupçonné d’avoir été l’un des principaux tortionnaires au sein de la DDS – et récemment arrêté au Tchad.

Invoquant les indices graves et concordants pesant sur l’ancien président tchadien, soupçonné de crimes contre l’humanité, de crimes de guerre et d’actes de torture, le procureur général a justifié la mesure de garde à vue décidée hier, au terme de laquelle il compte demander mardi le placement en détention de l’hôte encombrant que Dakar, pendant les douze années du règne d’Abdoulaye Wade, s’était efforcé de ménager. Citant, pêle-mêle, le soupçon que des armes de guerre soient détenues par l’ancien président tchadien, le risque que ce dernier mette fin à ses jours ou encore les « menaces ouvertes » de représentants des populations de Ouakam (où Hissène Habré possède une deuxième villa) clamant que leur voisin « ne sera jamais jugé » au Sénégal, Mbacké Fall a mis en avant la nécessité de « préserver l’ordre public » et la « sérénité de la procédure » pour justifier ses réquisitions de placement en détention.

Collusion

À la sortie du bâtiment abritant les chambres africaines extraordinaires, l’avocat sénégalais El Hadji Diouf, qui défend l’ancien président tchadien depuis treize ans, a lui-même tenu un point presse improvisé entre deux voitures. Avec sa verve coutumière, il s’est tour à tour indigné de l’absence de mise en cause par la justice sénégalaise de l’actuel président tchadien Idriss Deby, ancien conseiller de Hissène Habré pour la défense et la sécurité, de la collusion entre l’équipe du procureur général et ceux qu’il considère comme « les ennemis de Habré » (en particulier l’ONG Human Rights Watch et la justice belge), tout en dénonçant « les manquements » qui ont, selon lui, présidé au placement en garde à vue de son client.

Pour la défense de l’ancien président tchadien, qui se prévaut d’une décision – sujette à des interprétations contradictoires – rendue fin 2010 par la Cour de justice de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), la procédure ouverte au Sénégal serait « illégale », car elle « viole les droits de M. Habré », notamment l’autorité de la chose jugée et le principe de non-rétroactivité des lois. En juin, Me El Hadji Diouf et ses confrères ont d’ailleurs assigné l’État du Sénégal devant la haute juridiction régionale, laquelle doit rendre son arrêt en juillet.

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Par Mehdi Ba, à Dakar
 

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