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François Hollande affirme sa « confiance » dans une « Tunisie nouvelle »

François Hollande s'exprime devant l'Assemblée nationale constituante (ANC), à Tunis le 5 juillet © AFP

En déplacement en Tunisie, le président français a proclamé, vendredi 5 juillet, sa volonté de refonder la relation franco-tunisienne en dépassant les "blessures" du passé. Il a également exprimé sa "confiance" dans une "Tunisie nouvelle" alliant islam et démocratie.

Dans un discours prononcé vendredi au perchoir de l’Assemblée nationale constituante (ANC), à Tunis, François Hollande a tenté d’arrondir les angles tout en affichant sa « confiance » dans la « nouvelle Tunisie » post-Ben Ali.

Dans une volonté d’apaisement, alors que Paris avait soutenu presque jusqu’au bout le régime de Zine El Abidine Ben Ali, le président français a assuré que « l’islam et la démocratie (étaient) compatibles » et ainsi accordé sa confiance au gouvernement dominé par le parti islamiste Ennahdha.

François Hollande a cependant aussi rappelé à la tribune de l’Assemblée nationale constituante (ANC) que la transition démocratique en Tunisie n’était pas des plus simples, saluant la mémoire de l’opposant anti-islamiste assassiné en février, Chokri Belaïd, « un homme de conviction, tué pour ses idées ». « Je forme le voeu qui est aussi le vôtre que toute la lumière soit faite sur son assassinat », a-t-il dit.

Assassinat de Farhat Hached

Rappelant qu’il était le premier chef d’État français à se rendre en Tunisie depuis la révolution, François Hollande a déclaré à la tribune de l’ANC vouloir « tirer les leçons du passé ». « Refonder notre relation, c’est tirer toutes les leçons du passé, même le plus brûlant (…) car il y a des blessures, je les connais, il y a eu des incompréhensions au moment de la révolution » de janvier 2011, a-t-il souligné. « À ce moment-là, à Paris et partout en France, des Tunisiens venaient me voir, espérant le soutien de la France dans ce moment décisif, disaient leur déception », s’est-il souvenu, lui qui était alors dans l’opposition.

Le soutien français à Ben Ali sous la présidence de Nicolas Sarkozy a laissé un goût amer à de nombreux Tunisiens. Les déclarations de la ministre des Affaires étrangères de l’époque, Michèle Alliot-Marie – qui avait proposé le « savoir-faire » policier français alors que la répression battait son plein – avaient alors fait scandale.

Lors de son discours, François Hollande est aussi revenu sur le passé colonial, annonçant une mesure symbolique attendue depuis longtemps en Tunisie : l’ouverture des archives françaises sur l’assassinat du dirigeant nationaliste et syndical Farhat Hached. « Refonder notre relation, c’est d’abord assumer la vérité. Dans cet esprit, je me rendrai aujourd’hui au mausolée de Farhat Hached. Je dirai à sa veuve et à son fils ainsi qu’aux représentants de l’UGTT que je m’engage à rechercher toute la vérité sur son assassinat en 1952. J’ai d’ores et déjà donné instruction que toutes les archives soient rendues publiques, sans aucune exception », a-t-il dit sans révéler leur contenu.

Cet assassinat est considéré en Tunisie comme l’oeuvre de la Main Rouge, organisation paramilitaire à l’époque du protectorat. Aucune preuve d’une implication des autorités françaises n’a été jusqu’à présent apportée.

Économie et tourisme

Cet après-midi, les dernières heures de la visite de François Hollande devaient prendre un tour plus économique. La France est en effet le premier partenaire économique et commercial de la Tunisie, qui compte déjà plus de 1 300 entreprises françaises représentant 125 000 emplois.

Le président français se rendra notamment à une rencontre d’hommes d’affaires des deux pays au siège de l’Utica, le patronat tunisien, au moment où la Tunisie, minée par ses difficultés politiques et sociales, peine à relever son économie, en particulier le tourisme. « L’Agence française de développement investira notamment dans la réhabilitation des quartiers populaires, l’alimentation en eau potable, la formation professionnelle, l’amélioration des liaisons ferroviaires, et le développement agricole », a promis François Hollande devant l’ANC, évoquant aussi « la conversion de dette en investissements pour des projets de développement ». « J’invite à travers cette visite tous les Français à venir nombreux passer leurs vacances en Tunisie », a-t-il également dit.

Enfin, le président français a assuré vouloir aider la Tunisie à récupérer les biens mal acquis du clan Ben Ali, qui vit en grande partie en exil à travers le monde : « Tout ce qui a été mal acquis vous sera rendu », a-t-il asséné.

(Avec AFP)

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