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Tchad : ils ont préparé l’arrivée de l’opposant-blogueur Makaïla Nguebla en France

Makaïla Nguebla, 34 ans, blogueur et opposant tchadien. © DR

Deux mois après son expulsion du Sénégal, le blogueur et opposant tchadien Makaïla Nguebla a obtenu, le 11 juillet, un visa long séjour pour la France. Un "dénouement heureux" qui n'aurait sans doute pas été possible sans le concours de plusieurs personnalités et associations. Enquête.

Dix ans qu’il vit en exil, loin de son Tchad natal. Makaïla Nguebla, 43 ans, a enfin obtenu un visa long séjour pour la France, le 11 juillet, après avoir été expulsé deux mois plus tôt du Sénégal où il avait passé « sept ans privé du statut de réfugié politique ». Un « dénouement heureux » aux yeux du blogueur et opposant au président tchadien Idriss Déby Itno.

Plusieurs personnalités et structures – essentiellement des ONG de défense de droits de l’homme et des associations alter-mondialistes – sont intervenues pour faire aboutir le dossier auprès de l’ambassade de France à Conakry (Guinée), où était accueilli le dissident tchadien.

  • Patrick Farbiaz, proche du député écologiste français Noël Mamère

Tout part d’une rencontre entre Patrick Farbiaz, porte-parole de l’association Sortir du colonialisme, et Makaïla Nguebla, fin mars 2013, lors du Forum social mondial de Tunis. Au détour d’une conversation sur la possibilité d’organiser une « semaine anti-coloniale à Dakar », les deux hommes sympathisent et décident de garder le contact.

Quelques jours plus tard, le blogueur tchadien, expulsé du Sénégal, débarque à Conakry et ne tarde pas à alerter son « réseau ». « J’ai reçu son coup de fil trois semaines après son expulsion », raconte Patrick Farbiaz, qui se trouve être assistant parlementaire du député écologiste Noël Mamère. « Je travaille avec lui [Noël Mamère] depuis vingt ans, précise-t-il. Je n’ai donc pas hésité à lui faire part de ce qui arrivait à Makaïla et lui ai demandé d’intervenir ».

  • Reporters sans frontières et les ONG de défense des droits de l’homme

Entretemps, Reporters sans frontières (RSF) avait déjà saisi l’ambassade de France en Guinée-Conakry d’une demande d’asile en faveur du blogueur en difficulté. Une demande appuyée par Amnesty international. « Des communiqués de presse de l’ONG Human Rights Watch, mes billets de blog et une interview accordée à Jeune Afrique ont servi également pour renforcer le dossier soumis à l’ambassade », commente Makaïla Nguebla.

  • Le député Noël Mamère

Aussitôt saisi, Noël Mamère, le député maire de Bègles et membre de la commission Relations étrangères à l’Assemblée nationale française, envoie une lettre au Quai d’Orsay. « Nous avons créé les conditions pour que le dossier de Makaïla Nguebla soit traité avec bienveillance, raconte Patrick Farbiaz. Nous avons ainsi fait coincider la réception de la lettre par le ministre des Affaires étrangères en France avec le rendez-vous du blogueur à l’ambassade française à Conakry ».

« Avec Noël Mamère, nous ne sommes pas là à un coup d’essai – même si c’est la première fois que nous prenons fait et cause en faveur d’un blogueur. Lorsque nous sommes alertés par les ONG, les familles ou amis, nous avons toujours été là pour aider à sortir les opposants des griffes de certains dictateurs », affirme Patrick Farbiaz, faisant allusion notamment à l’affaire Yorongar au Tchad en 2008.

  • Pascal Canfin, le ministre français délégué au Développement

Pour mettre toutes les chances du côté de Makaïla, « nous avons également demandé à Pascal Canfin – écologiste lui-aussi – d’appuyer le dossier », confie Patrick Farbiaz. Et le ministre en charge du Développement a accepté de rédiger une lettre pour soutenir la demande d’asile en France de l’opposant tchadien.

  • Gilles Yabi et Antoine Glaser

De son côté, Makaïla Nguebla a également « activé [son] réseau » pour amener l’ambassade de France à Conakry à répondre positivement à sa demande. Il a pu recueillir « deux témoignages de poids » en sa faveur : celui de Gilles Yabi, directeur du projet Afrique de l’ouest auprès de l’International crisis group, et celui d’Antoine Glaser, directeur de La Lettre du continent.

Au-delà des frontières françaises, le réseau alter-mondialiste s’est mobilisé aussi en Espagne, autour du sénateur du Parti vert catalan (ICV), Jordi Guillot, et de l’association Puerto humano pour « faire connaître le travail de Makaïla Nguebla et plaider pour qu’il obtienne un asile politique » dans le royaume ibérique. La France aura répondu positivement avant l’Espagne.

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Par Trésor Kibangula

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