Francophonie : l’écrivain mauricien Amal Sewtohul récompensé par le prix des Cinq Continents

L'écrivain mauricien Amal Sewthohul en mars 2013 à Port-Louis. © Fabien Mollon pour J.A.

L’écrivain mauricien Amal Sewtohul a remporté, le 26 septembre, le prix des Cinq Continents, décerné par l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), pour son roman "Made in Mauritius".

Preuve que la francophonie n’est pas repliée sur elle-même, le prix des Cinq Continents 2013 a été décerné à… un polyglotte. L’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) a récompensé, le 26 septembre, le Mauricien Amal Sewtohul, 42 ans, pour son roman Made in Mauritius (Gallimard, 2012). Un titre en anglais, révélateur des influences qui traversent l’île de l’auteur, où l’on parle français, anglais, créole, indien… Autant de langues qu’Amal Sewtohul, diplomate à l’ambassade de Maurice à Madagascar, maîtrise. Marié à une Chinoise, il parle aussi couramment le mandarin.

Chose plus étonnante, l’écrivain, rencontré en mars 2013 au salon du livre de Port-Louis, a confié à Jeune Afrique qu’il avait d’abord rédigé le manuscrit en anglais – "pour que ma femme puisse le lire" –, avant de le traduire en français "pour que cela sonne plus juste, notamment dans les dialogues : à Maurice, les discussions se font en français ou en créole", ajoute ce féru de littérature indienne anglophone, dont le père achetait tous les livres du Britannique V.S. Naipaul (né à Trinité-et-Tobago) et qui avoue lui-même avoir eu la révélation de la lecture avec Les Enfants de minuit (1981), du romancier d’origine indienne Salman Rushdie.

Amal Sewtohul, quant à lui, est l’auteur de trois romans : Histoire d’Ashok et d’autres personnages de moindre importance (Gallimard, 2001), Les Voyages et Aventures de Sanjay, explorateur mauricien des anciens mondes (Gallimard, 2009) et Made in Mauritius. Dans ce dernier, il raconte l’histoire de Laval, fils d’immigrés chinois débarqués par conteneur à Port-Louis dans les années 1950. Un conteneur qui est au centre du livre, puisque son destin et celui du héros resteront étroitement liés tout au long de la narration, en même temps qu’il traversera toute l’histoire de l’île.

Un "condensé de toute l’histoire de Maurice"

L’auteur explique comment est né ce roman : "Un ami voulait construire une maison sans en avoir les moyens. Je lui ai dit : “Mais pourquoi n’habiterais-tu pas dans un conteneur ?” Cela m’a fait penser à une histoire d’une cinquantaine de migrants chinois morts étouffés dans une telle boîte. Dans mon livre, cet objet devient un condensé de toute l’histoire de Maurice : il sert d’estrade au lever de drapeau lors de l’indépendance, puis de quartier général au Mouvement militant mauricien [MMM, parti fondé en 1969 par Paul Bérenger]… J’aime bien collectionner les différentes interprétations qu’en font les lecteurs. Par exemple, ça peut être le symbole du commerce international et de la marchandise humaine… Toutes les sociétés d’immigrants, les États-Unis en premier, commencent comme ça, avec des rebuts d’autres sociétés. Il s’agit de prendre et de transformer ce qui ailleurs est rejeté."

Le jury de l’OIF, présidé par J.M.G. Le Clézio – un autre Mauricien – ne s’y est pas trompé, qui a récompensé une œuvre "qui traite d’un chapitre de l’histoire de Maurice en utilisant le conteneur comme symbole contemporain subversif et humoristique de l’identité dans un flux perpétuel ; un roman qui parle aussi, avec fraîcheur et talent, de la solidarité entre jeunes venus de milieux différents". Made in Mauritius a été distingué parmi dix romans représentant huit pays, dont le Cameroun (avec 39 rue de Berne, de Max Lobe) et la Guinée (avec Le Terroriste noir, de Tierno Monénembo).

Le prix sera remis officiellement à Amal Sewtohul le 24 octobre à Port-au-Prince (Haïti).