Malawi : Joyce Banda limoge son gouvernement empêtré dans une affaire de corruption

Par Jeune Afrique

Joyce Banda à la tribune de l'Assemblée générale de l'ONU, à New York, le 24 septembre 2013. © AFP

La présidente du Malawi, Joyce Banda, a limogé jeudi son gouvernement après la révélation d'une affaire de malversation éclaboussant des fonctionnaires au sommet de l'État. Les bailleurs de fonds internationaux, au premier rang desquels l'Union européenne, avaient fait pression en faveur de ce remaniement.

Confrontée à une une vaste affaire de corruption au niveau étatique, la présidente malawite Joyce Banda a limogé, jeudi 10 octobre, les 25 ministres qui composaient le gouvernement. D’après un communiqué de la présidence, les affaires ministérielles seront gérées par la présidente en attentant la nomination d’un nouveau gouvernement "en temps voulu".

Les services du Trésor et de la présidence ont été secoués cette année par une série de scandales financiers portant sur des millions d’euros. "À l’évidence, les limogeages sont liés à la crise en cours au Trésor", a déclaré une source au sein des services de Joyce Banda.

La présidente, qui a accédé au pouvoir l’année dernière après le brusque décès de son prédécesseur Bingu wa Mutharika, était soumise à des pressions croissantes pour qu’elle limoge le ministre des Finances et d’autres hauts responsables du gouvernement. L’Union européenne (UE) a ainsi menacé jeudi de couper l’aide au Malawi et a demandé au gouvernement de ce pays d’Afrique australe de réaliser un audit indépendant sur les malversations au sommet de l’État.

"On a besoin que le ménage soit fait (…)", a indiqué dans un communiqué Alexander Baum, chef de la mission européenne au Malawi. "L’Union européenne paiera les 29 millions d’euros promis en soutien au budget en fonction de la façon dont le gouvernement gère la crise". L’UE doit verser en décembre son aide au Malawi, dont 40% du budget est financé par des donateurs étrangers.

Manifestation à Lilongwe

Dans le cadre de l’un des plus gros scandales de l’histoire du Malawi, un fonctionnaire a notamment détourné un milliard de kwacha (2 millions d’euros) reversé sur une société fantôme. Dix fonctionnaires des services de la présidence et du Trésor viennent également d’être arrêtés pour malversations, tandis qu’en septembre, neuf hauts responsables policiers ont été condamnés chacun à 14 ans de prison pour avoir détourné plus de 120 000 euros des caisses de la police.

Jeudi, environ 300 personnes ont manifesté dans la capitale, Lilongwe, pour appeler à la démission du ministre des Finances et du comptable général, à l’appel d’une association de consommateurs en colère, Consumers Association of Malawi. "Nous demandons un audit indépendant sur le pillage et la démission du ministre des Finances, du comptable général et de plusieurs hauts responsables des ministères concernés", a déclaré un militant des droits de l’Homme, Billy Mayaya.

Le ministère de la Justice estime qu’environ un tiers du budget national s’évapore dans des fraudes diverses et variées. Le mois dernier, un haut fonctionnaire en charge de la lutte contre la corruption a manqué de se faire assassiner par des inconnus armés.

Depuis son entrée en fonctions, Joyce Banda a lancé une série de changements politiques dans l’espoir de relancer l’économie et de renouer les liens avec les donateurs. Son gouvernement s’est engagé à procéder à un audit pour déterminer le montant des fraudes et de la corruption dans le secteur public. Mais l’UE propose que des auditeurs indépendants s’acquittent de cette tâche car elle ne fait plus confiance aux services de l’État malawite. "Ce pillage massif a eu lieu sous le nez du service de comptabilité générale sans que les malversations ne soient décelées ni découvertes", a souligné Alexander Baum.

(Avec AFP)

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