De l’esclavage à la Maison Blanche, ces films qui ont marqué l’histoire du cinéma noir

Le dernier film de Quentin Tarantino, Django unchained. © DR

Avec la présidence de Barack Obama, les films sur la condition des Noirs américains triomphent à Hollywood. Mais est-ce vraiment une nouveauté ? Retour sur un peu plus d'un siècle de cinéma, de l’esclavage à la Maison Blanche.

Si l’arrivée de Barack Obama à la Maison Blanche a sans aucun doute provoqué un engouement nouveau pour le thème de l’esclavage et de la condition des Noirs-américains au cinéma, le phénomène est loin, bien loin, d’être nouveau. Les productions, bien souvent américaines, ne manquent pas. Jeune Afrique s’est plongé dans les longs-métrages marquants de ces 110 dernières années, de La Case de l’oncle Tom à 12 Years a Slave, en passant par Amsistad, Vénus noire, Le Majordome ou Django Unchained.

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1903 : La Case de l’oncle Tom, le best-seller

Il reste l’ouvrage littéraire traitant de l’esclavage le plus adapté au cinéma, en particulier pendant la période du cinéma muet. Publié d’abord sous forme de feuilleton en 1852, le roman a tellement marqué les mentalités à propos de la condition des Afro-Américains et de l’esclavage aux États-Unis, qu’il est considéré comme l’un des facteurs de l’exacerbation des tensions précédant la Guerre de Sécession et l’un des ouvrages qui poussa à l’émergence du mouvement abolitionniste. La première version de La Case de l’oncle Tom au cinéma fut l’un des premiers longs métrages (bien que cela ne désigne à l’époque qu’une dizaine de minutes). Réalisé par Edwin Porter en 1903, il est joué par des acteurs blancs déguisés, les acteurs noirs étant cantonnés à la figuration pleine des stéréotypes de l’époque.

 

1915 : Birth of a Nation, la genèse raciste

Présenté, à tort, comme le premier long métrage de l’histoire du cinéma, "Birth of a nation" sort en 1915, cinquante ans après la guerre de sécession américaine. Il adopte un point de vue résolument sudiste. Avec 15 millions de dollars de gains, il remporte un énorme succès malgré son interdiction dans plusieurs villes des États-Unis. Le film est considéré, tant son propos est raciste, comme celui ayant le plus contribué à la renaissance du Ku Klux Klan.

 

1939 : Autant en emporte le vent ou l’esclavagisme idéalisé

Film américain de Victor Fleming réalisé en 1939, il est adapté du roman de Margaret Mitchell. Avec Clark Gable et Vivien Leigh, il raconte l’histoire de la jeune Scarlett O’Hara et du cynique Rhett Butler sur fond de guerre de Sécession. Tout est dans le titre : au-delà d’une histoire d’amour, ce long-métrage décrit une civilisation disparue, "emportée par le vent, celle du Sud esclavagiste. Le livre traduit pourtant l’état d’esprit de l’auteur présentant les Noirs comme des êtres inférieurs, et faisant l’allusion aux "bienfaits" du Ku Klux Klan.

 

1971 : Buck et son complice, le western

Réalisé Sidney Poitier, ce western de blacksploitation (qui revalorise l’image des Africains-Américains) est porté  par le duo Sydney Poitier/Harry Delafonte. Bien que la guerre de Sécession ait pris fin, les Noirs sont toujours exploités dans les plantations du Sud, d’où beaucoup tentent de s’échapper pour fuir vers l’Ouest. Un nommé Buck prend la tête des fugitifs. Un pur western.

 

1975 : Mandingo, l’anti-romantique

Bien qu’il ait été réalisé bien plus tard, Mandingo est la réponse à l’esclavagisme glamour d’Autant en emporte le vent. Scandale à sa sortie, il dessert la carrière de son réalisateur, Richard Fleischer (Les Vikings, 1958), qui tente d’exposer de façon réaliste et sans artifices les abus et les horreurs de l’esclavage. Sans aucun romantisme dans le ton.

 

1989 : Glory, retour à la guerre de Sécession

Premier oscar pour Denzel Washington grâce à ce film, en 1989. L’acteur américain interprète le rôle du jeune Robert Gould Shaw, promu colonel du premier régiment de soldats noirs, engagés volontaires dans la guerre de Sécession après que Lincoln a prononcé leur émancipation. Ils vont se révolter, Shaw à leur tête et, à la recherche de la reconnaissance de leurs pairs, et prendre d’assaut le Fort Wagner, réputé imprenable. Un combat pour l’honneur, à l’américaine, dans lequel on peut également remarquer Morgan Freeman dans le rôle du sergent-major Rawlins.

 

1995 : Jefferson in Paris, la contradiction du démocrate

Un film de James Ivory sur une contradiction, celle de Thomas Jefferson (interprété par l’Américain Nick Nolte), un des pères de la démocratie américaine, sincèrement démocrate et qui perpétue l’esclavage. Amant de la jeune Sally, son esclave, il est l’objet d’un long-métrage qui confronte en son personnage l’ancien et le nouveau monde.

 

1997 : Amistad, le premier Spielberg

En 1839, La Amistad, navire espagnol transportant des esclaves de Sierra Leone est pris dans une tempête. Les esclaves en profitent pour se libérer et prendre possession du bâteau. Ils obligent ensuite le capitaine à les ramener vers l’Afrique. Mais celui-ci accoste aux États-Unis où les mutins sont jugés pour meurtre. S’ensuit une bataille juridique entre les armateurs qui veulent récupérer leur "cargaison" et des abolitionnistes, qui veulent les faire reconnaître comme réfugiés. Cinqué, le meneur de la mutinerie, est joué par le Béninois Djimon Hounsou, à qui Spielberg offre son premier grand rôle. Deux ans plus tard, il jouera aux côtés de Russell Crowe dans Gladiator de Ridley Scott.

 

1998  : Beloved, avec Oprah !

Adaptation de Beloved, le prix Pulitzer de 1988, le film se déroule vers 1870, aux États-Unis, près de Cincinnati dans l’Ohio, au bord d’un fleuve qui marquait jadis pour les esclaves en fuite la frontière où commençait la liberté. Sethe, ancienne esclave, abandonnée par son mari, voit surgir des marais une étrange créature, Beloved, en laquelle elle croit reconnaitre le bébé qu’elle a sacrifié dix-huit ans plus tôt. Elle décide de l’adopter. Sans imaginer les conséquences de son acte. Oeuvre courageuse et hybride basée sur la condition des Noirs à la fin du XIXe siècle, Beloved, le film, n’hésite pas à plonger dans le fantastique pur et dur. Avec Oprah Winfrey en guise d’actrice principale.


Beloved – Bande annonce Vost FR par _Caprice_

 

2010 : Vénus Noire, d’Abdellatif Kechiche

Ce film raconte la vie de Saartjie Baartman, surnommée "la Vénus hottentote". Dotée d’une hypertrophie des hanches et des fesses cette esclave de la colonie du Cap (Afrique du Sud) avait, c’est le moins que l’on puisse dire, attisé la curiosité des européens : "exposée" comme phénomène de foire en Angleterre et en France, puis prostituée, elle sera ensuite étudiée par les scientifiques français. À sa mort en 1815, à l’âge probable de 26 ans, elle est disséquée, puis étudiée par le naturaliste Georges Cuvier, qui en conclura de grandes similarités avec l’orang outan… Après l’élection de Mandela en 1994, l’État sud-africain a demandé le rapatriement de ses restes de Saartjie, dont ses parties génitales et son cerveau, conservés dans du formol. Le 6 mai 2002, la France restitue finalement sa dépouille, désormais enterrée sur une colline de la ville de Hankey.

>> Lire notre dossier : Vénus noire, l’Afrique violée

 

2011 : Django Unchained, à la sauce Tarantino

Du bon Tarantino, à n’en pas douter. Western spaghetti, nommé pour cinq Oscars dont celui du meilleur film en 2013, le film est récompensé à deux reprises : meilleur acteur dans un second rôle pour Christoph Waltz et meilleur scénario original. En 1858, deux ans avant le début de la guerre de Sécession, un dentiste allemand reconverti en chasseur de primes, le Dr King Schultz, libère Django, un esclave, et le forme afin de lui permettre de l’assister dans sa mission, puis décide de l’aider à libérer sa femme des mains de Calvin Candie, un riche et impitoyable propriétaire terrien du Mississippi. Sanglant.

 

2012 : Lincoln, parce que Daniel Day Lewis

Autre film de Spielberg sur le thème de l’esclavage. Le film est basé sur les manœuvres du président américain Abraham Lincoln en janvier 1865 pour faire adopter par le congrès le treizième amendement à la Constitution, qui abolit définitivement l’esclavage. Avec ce rôle, Daniel Day Lewis, gagne son troisième oscar du meilleur acteur.

 

2013 : Le Majordome, au cœur de la Maison Blanche

Le Majordome, de Lee Daniels, porte à l’écran l’histoire d’un majordome noir, Eugene Allen. Joué par Forest Whitaker, Cecil Gaines fuit, en 1926, le Sud des États-Unis en proie à la tyrannie ségrégationniste. Il acquiert peu à peu les compétences qui lui permettent d’atteindre une fonction convoitée : majordome de la Maison Blanche, sous sept présidents, d’Eisenhower à Reagan. Si le film est tiré d’une histoire vraie, et s’il vaut par ses évocations historiques, de Martin Luther King au Viêt-Nam en passant par Kennedy, on lui reprochera quelques largesses, (le fils du majordome n’a par exemple jamais appartenu aux Black Panthers). Qu’importe, ce film est, pour Hollywood, un long-métrage à la gloire de Barack Obama, qu’il présente comme l’aboutissement de l’histoire des Africains-Américains aux États-Unis. Quitte à sacrifier la vérité à la légende.

 

2014 : 12 Years a Slave, de Steve McQueen

L’histoire vraie de Solomon Northup, né homme libre, qui vivait en tant que musicien avec sa famille dans l’État de New York, avant d’être enlevé et vendu comme esclave dans une plantation de Louisiane, où il travaillera pendant douze ans. L’Anglo-Nigérian Chiwetel Ejiofor (qui jouait déjà dans Amistad) incarne Solomon. Il a également joué le rôle de l’ancien président Sud-Africain Thabo Mbeki, dans Endgame en 2009. À noter également la prestation de Lupita Nyong’o, dans le rôle de Patsey, jeune esclave objet sexuel et victime de la cruauté de son maître.

 

Cette liste est bien entendu non-exhaustive. Nous aurions notamment pu y intégrer certianes oeuvres qui ne sont pas des longs-métrages et qui n’ont pas connu le grand écran. Entre autres, Roots, une mini-série mettant en scène la vie d’une famille d’esclaves (1977).

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Par Jean-Sébastien Josset, Jean-Marcel Maillard et Mathieu OLIVIER

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