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La difficile traque des candidats européens au jihad en Syrie

Des rebelles syriens près de Damas en septembre 2013. © AFP

Les Français sont de plus en plus nombreux à mener la "guerre sainte" à Damas. Aujourd'hui, ils seraient environ 300, sur 600 Européens, à fournir une aide logistique et militaire à l'opposition syrienne, qu'elle soit terroriste ou non. Un chiffre impressionnant qui inquiète les autorités européennes et françaises.

Mis à jour le 10/01/2014.

Depuis le début du conflit syrien, le rang des jihadistes ne cesse de grossir avec l’arrivée de nouvelles recrues étrangères. Selon une source du ministère français de l’Intérieur, plus de 600 Européens, dont environ 300 Français, seraient partis rejoindre les lignes de front syriennes. Un scénario qui fait de la guerre en Syrie un cas différent des précédents irakien, bosniaque ou afghan.

Si les combattants européens sont toujours plus nombreux à se rendre en Syrie c’est en raison de "la facilité pour les mercenaires de se rendre en Syrie et de l’environnement même de ce pays, à savoir beaucoup plus urbain et plus facile à vivre que l’Afghanistan par exemple (pas de désert, de zones montagneuses ou de climat extrême)", avance une source européenne proche du dossier. C’est un fait, les personnes qui veulent partir en Syrie peuvent aisément passer par la Turquie, un pays touristique où aucun visa d’entrée n’est requis.

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Pour endiguer cette émigration jihadiste, une coopération a d’ailleurs été envisagée entre l’Europe et la Turquie afin de détecter les voyageurs suspects et partager des informations sur les départs et les retours suspects.

Mais la facilité d’accéder au territoire syrien n’explique que partiellement ces départs vers le pays de Bachar Al-Assad. La promotion du djihad sur internet  participe également au phénomène en facilitant l’auto-radicalisation des plus jeunes. Pour Gilles de Kerchove, coordinateur de la lutte contre le terrorisme de l’UE, "l’Europe doit aborder de manière plus agressive le problème des médias sociaux (…) comme YouTube, Twitter, et Facebook, parce-que ce sont sur ces réseaux que ce genre de processus de recrutement se produit."

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Profilage et prévention

"Le profil de ces recrues européennes varie de l’idéaliste venu pour être utile et aider l’opposition au candidat attiré par l’idéologie d’Al-Qaïda", relativise Kerchove. Mais comment distinguer le jihadiste parti rejoindre Al-Nosra de celui qui souhaite se battre au côté de l’armée syrienne libre (ASL) ? Pour Jean-Charles Brisard, consultant international, spécialiste des questions liées au terrorisme et à son financement, la surveillance effectuée par les services de renseignement permet d’éviter la confusion.

>> Voir l’éclairage de l’émission 28 Minutes d’Arte :

"En France, les enquêteurs disposent généralement d’informations sur les personnes se rendant ou tentant de se rendre en Syrie, notamment depuis l’adoption de la loi de 2006 leur donnant accès au fichier national transfrontière. Ensuite ils ont de nombreux outils leur permettant de retracer le parcours de ces jihadistes et de se faire une idée précise de leur environnement. Ils peuvent également établir par le biais des interrogatoires et des preuves scientifiques si un combattant français a participé à un acte terroriste en Syrie."

Mais pour la France, il s’agit d’amorcer une phase de filature à l’échelle européenne afin de limiter au maximum ces départs et reconnaître en amont les prémices de la radicalisation. Dans un discours prononcé au Luxembourg en juin, Gilles de Kerchove a insisté auprès des 27 États membres sur l’importance de renforcer la prévention au niveau local. "Nous devons élever le niveau de conscience des policiers, des travailleurs sociaux présents dans les écoles, afin qu’ils puissent détecter le plus tôt possible les signes de radicalisation. Nous devons nous engager davantage avec les communautés, les chefs religieux, les personnes qui ont de l’influence", a-t-il déclaré.

Le retour en France

Mais ces initiatives ne suffisent pas pour rassurer les pays de la communauté européenne qui redoutent que ces combattants, une fois de retour en Europe, poursuivent le jihad sur le territoire national. En France, la loi promulguée en 2012, relative à la sécurité et à la lutte contre le terrorisme, prévoit de "poursuivre les personnes ayant participé à des camps d’entraînement terroristes à l’étranger alors même qu’elles n’auront pas commis d’actes répréhensibles sur le territoire français".

Autrement dit, si la police réunit les preuves que des individus ont pris des contacts pour aller combattre – ou ont combattu – aux côtés des jihadistes en Syrie, à leur retour elle peut les présenter à un juge antiterroriste qui pourra les poursuivre. Mais la récolte de preuves s’avère compliquée et, selon une source du ministère français de l’Intérieur, l’effectif réduit de policiers ne permettrait pas d’enquêter sur tous les combattants français partis en Syrie.

>> Pour en savoir plus, voir le débat de l’émission 28 Minutes d’Arte :