Tunisie : le dialogue national à bout de souffle

Houcine Abassi, secrétaire général de l'UGTT, est à deux doigts de jeter l'éponge. © Salah habibi/AFP

Samedi 14 à midi, l’ultimatum donné aux partis politiques par le quartet conduisant le dialogue national (UGTT, Utica, LTDH et Ordre des avocats) arrive à échéance. Soit la Tunisie a un nouveau chef de gouvernement, soit elle demeure dans l'impasse.

Houcine Abassi, dirigeant de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) ne décolère pas. "Les partis ont coulés toutes nos initiatives ; à eux d’assumer la responsabilité de cet échec et des troubles qui en découleront", explique-t-il à J.A., vendredi. Depuis le démarrage du dialogue national, et l’adoption d’une feuille de route, le 5 octobre, rien n’a été comme prévu. La Constitution n’a pas encore été adoptée et aucun chef de l’exécutif n’a été choisi. Les formations politiques n’ont cessé d’opposer leur veto à chaque personnalité présentée par les autres partis, si bien que les discussions, basées sur le consensus, semblent tourner en rond indéfiniment. Au point que Houcine Abassi semble vouloir jeter l’éponge.

Pourtant, jeudi soir, un accord semblait enfin avoir été trouvé autour de la figure de Mustapha Filali, 92 ans, militant de la lutte nationale et contributeur à la première Constitution tunisienne. Sa nomination semblait acquise et les formations politiques majeures telles qu’Ennahdha et Nida Tounès se félicitaient de ce choix. Mais il a refusé le poste, estimant que celui-ci "revient aux jeunes" … Simple posture ou refus définitif ?

Point de départ

Le processus de désignation du chef du gouvernement revient au point de départ et le Conseil consultatif d’Ennahdha s’est empressé de remettre à l’ordre du jour le nom d’Ahmed Mestiri, candidat également soutenu par Ettakatol, de Mustapha Ben Jaafar. Le Front du salut avait refusé sa nomination du fait de son état de santé.

Si Ali Laarayedh, actuel chef de l’exécutif, avait pendant de longues semaines signifié qu’il ne démissionnerait pas, aujourd’hui, l’idée d’un changement de gouvernement semble être acquise. Mais que peut faire la Tunisie en cas de blocage définitif du dialogue national ? Il lui reste la proposition de Béji Caïd Essebsi, fondateur de Nida Tounès, qui promeut la création d’un Conseil d’État où son parti et Ennahdha siégeraient aux côtés de l’UGTT, puissante centrale syndicale, et de l’Utica, représentant le patronat.

Lâcher le pouvoir

"C’est reprendre exactement le scénario adopté par l’Algérie après l’assassinat de Mohamed Boudiaf en 1992, on sait où cela a conduit", avance un militant d’Al Joumhoury tandis que le Congrès pour la République (CPR) considère qu’il s’agit ni plus ni moins que d’une tentative de putsch. "La crise est politique et seulement politique", assure le politologue Larbi Chouikha. "Ceux qui sont au pouvoir n’entendent pas le lâcher, la situation du pays n’est pas leur priorité", affirme de son côté un banquier pessimiste, Jalel Boukef.

Si on est loin des revendications de l’opposition qui souhaitait, depuis juillet 2013, un gouvernement de technocrates indépendants ayant pour objectif de conduire le pays vers des élections, les prochaines 24 heures seront cruciales pour la Tunisie, qui se prépare également à commémorer, le 17 décembre, le début de la révolution tunisienne en 2010.

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Par Frida Dahmani, à Tunis